Little brother

Peut-il y avoir des similitudes entre deux pays musulmans qui sont confrontés tous deux, à des degrés différents et sous des formes différentes, aux choix déchirants entre une dictature militaire et une dictature islamiste?
Engagés tous les deux comme fers de lance dans la lutte anticommuniste menée par les nations occidentales contre l´Urss, faisant tous les deux parties, l´un de l´Otan, l´autre de l´Otase, ils ont exécuté toutes les basses tâches commanditées par Big Brother, le gendarme du monde. Il faut remarquer que, quand on est l´allié des Etats-Unis d´Amérique, la Maison-Blanche, le Pentagone, la Chambre des députés et le Sénat, ne sont pas trop regardants sur la nature des régimes qui permettent aux Yankees de maintenir leur niveau de vie. Vous avez reconnu facilement dans mes sous-entendus les régimes turcs et pakistanais. Si la férule militaire s´est un peu adoucie en Asie mineure en prévision d´une probable entrée dans la communauté européenne (il faut être présentable et faire bonne figure parmi les Européens qui posent comme conditions sine qua non, le respect des droits de l´Homme et des minorités) le Pakistan, par contre, qui n´est candidat nulle part, ne s´embarrasse point de scrupules.
Ayant servi comme base arrière à toutes les opérations qui se tramaient contre l´Urss, le Pakistan a dû renforcer ses infrastructures et former des centaines de milliers de taliban fanatiques qui allaient mener une résistance acharnée contre la présence soviétique en Afghanistan. L´Urss partie, les infrastructures demeurent: fabriques d´armes et écoles islamistes tournent à plein rendement.
Et c´est la mort dans l´âme que le régime militaire du Pakistan s´est retourné contre ses anciens missionnaires. Bien que puissance nucléaire, le régime n´arrive pas à retrouver ses marques pour ne pas perdre l´aide que fournissent les Etats-Unis à l´armée pakistanaise (les armées turques et pakistanaises se sont développées grâce aux perfusions américaines. Les USA ont soutenu tous les coups d´Etat militaires survenus dans ces pays. Ils avaient officiellement suspendu l´aide à l´armée turque lors de l´invasion de la République de Chypre, Etat membre de l´ONU. On voit bien que Chypre n´est pas le Koweït et que les Etats-Unis ont vite oublié cet incident de parcours).
Si la Turquie a bien négocié la montée de l´islamisme, le régime pakistanais se débat dans des difficultés éprouvantes comme les connaissent tous les pays qui se sont servis de cette mouvance pour combattre les forces progressistes et démocratiques.
Les attentats aveugles contre le régime se succèdent avec, en parallèle, un antagonisme féroce entre chiites et sunnites.
Le seul acquis positif est l´accord de paix conclu avec l´autre géant du sous-continent, l´Inde. Malgré cela, le régime militaire de Pervez Musharraf aurait, selon la presse occidentale, mené des négociations avec ses opposants qui disposent d´une large assise populaire dans le pays: Benazir Bhutto, fille de l´ancien Premier ministre assassiné par le régime de Zia Ul Haq (général qui périt dans l´explosion de son avion) et Nawaz Sharif qui fut dégommé de son poste de Premier ministre par le même Pervez Musharraf, avec inculpation pour malversations financières.
C´est pour cette raison qu´il fut accueilli par des policiers et fut conduit, menottes aux mains, en prison. On est loin-là, du retour triomphant d´un exilé politique.
Nawaz Sharif doit s´estimer heureux s´il ne finit pas sous les coups d´un illuminé sur la scène d´un théâtre de province.

arez1946@yahoo.fr