Les galets de l’oued

La vie a de ces ironies! C´est au même moment où les Algériens goûtent à la savoureuse patate produite au Canada, sous forme de succulentes frites, que les cinéphiles canadiens découvrent le film Il ne reste de l´oued que ses galets de J.P. Lledo, ravi aux spectateurs algériens par une censure bête et méchante qui considère toujours le peuple algérien comme mineur, ce qui traduit l´ambiance de parti unique qui sévit dans le pays contre ses citoyens. Cette censure imbécile sera dénoncée dans une mémorable conférence de presse tenue par le grand Kateb Yacine à l´occasion du Festival national du théâtre algérien en 1985. Ce festival fut filmé, monté mais pas commenté par feu El Hachemi Cherif, ancien moudjahid, premier chef de daïra de Palestro, premier secrétaire général de la RTA, avant de devenir un réalisateur marginalisé, censuré et licencié deux fois: une fois en tant que réalisateur qui s´est exprimé dans la presse, une autre fois en tant que syndicaliste, tout cela sous le ministère de Taleb El Ibrahim. El Hachemi Cherif, initiateur du syndicat professionnel de l´Uaav (Union des arts audiovisuels) fut secondé par des cinéastes engagés comme J.P.Lledo et Guenifi. Donc, on peut déduire le pourquoi de la censure qui s´abat sur Lledo. Ceux qui ont le privilège de manipuler à leur guise l´argent de la rente et du contribuable ont, hélas, aussi le privilège de couper les ailes aux albatros!
Tout cela coïncide avec l´accord que vient de signer l´Entv avec l´INA: ainsi, l´Algérie va racheter à la France ce qui a été dilapidé pendant 45 ans: le fonds d´archives télévisées.
Et c´est là que l´on s´aperçoit que ce fonds a été géré, malheureusement, comme tout le reste du patrimoine algérien, abandonné aux mains de gens animés de leur seule bonne volonté.
L´inexpérience, les aléas politiques allaient faire des ravages. Mais avant de suivre les péripéties qui vont mener les archives à l´état où elles sont, il importe de savoir d´abord de quoi est constitué ce fonds, c´est-à-dire le genre d´émissions qui le constituent, ensuite de comprendre le processus de production, de diffusion et de gestion du fonds. Ensuite, il faudra faire l´amer constat de l´état actuel des archives sans pouvoir avoir accès aux chiffres, élément essentiel pour l´évaluation des dégâts.
Ainsi, la censure empêchera les téléspectateurs de connaître l´avis de ceux qui aiment l´Algérie (ils ont déjà connu l´avis des patriotes, des harkis et des gens de l´OAS, grâce aux chaînes satellitaires), tout comme la mauvaise gestion des archives a empêché deux générations d´Algériens de connaître un pan de leur Histoire.
A la suite de J.P.Lledo, on peut déclarer que dans «l´oued détourné, il ne reste même plus de galets».

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