Communication verte

Il y a des manières de communiquer et il y en a qui sont passés maîtres dans l´art de le faire. A l´ère de l´Internet et du village mondial, il n´est point permis de mentir (bien qu´il y en ait encore qui ont le culot, le toupet, le front, le courage, l´estomac, l´audace de le faire...), mais les spécialistes de la communication ont l´art de travestir la vérité (elle qu´on n´aime que quand elle est nue et qu´elle remonte d´un puits), de multiplier les non-dits et de taire les vérités qui dérangent.
L´APS qui est quinquagénaire maîtrise à merveille toutes les techniques de cette façon de communiquer qui fait tant plaisir en chatouillant agréablement les oreilles des décideurs. Dans une de ses dépêches tombées jeudi, la nationale et historique agence informe ses aimables abonnés que l´Algérie occupe «la première place parmi les pays africains les plus verts» selon un classement de 141 pays. Ce classement a été fait par les éditions du Reader Digest, spécialisées dans les publications de propagande américaine. Evidemment, on apprend avec beaucoup de plaisir que les pays les plus verts sont les pays les plus démocratiques, comme la Finlande, l´Islande et la Norvège, c´est-à-dire les pays où la corruption occupe les plus petits espaces (ce serait démagogique de prétendre qu´il y a des pays «où les gens au creux des lits font des rêves» où la corruption est absente) alors que ce sont les pays du Sud, ceux qui sont soumis aux dictatures, aux guerres civiles ou aux désastres économiques qui sont parmi les derniers.
La dépêche, pointilleuse, cite les grands pays comme les Etats-Unis ou l´Allemagne et leur place dans ce «palmarès établi à partir de critères environnementaux tels que la qualité de l´air, de l´eau, la biodiversité ou les émissions de gaz à effet de serre», tout comme elle cite le classement des grandes villes dans ce concours récurrent. Il faut rappeler que l´Algérie s´est vite distinguée par son système de communication dans le domaine de la protection de l´environnement.
Les initiatives du ministère de l´Environnement (qui a ajouté à son arc la corde du tourisme) opère toujours tambour battant. Que ce soit par la Fondation des déserts du monde ou par la création de nouveaux espaces et de nouvelles techniques de traitement de déchets solides. Il serait légitime de savoir où en est l´interdiction des sachets noirs qui devaient être interdits de circulation depuis le 31 décembre 2005. Où en est le projet conjoint du ministère de l´Environnement et l´Entv initié en 2005 et qui a été confié à une agence audiovisuelle privée: ce projet intitulé «Khadra» devait comporter 16 courts métrages sur la politique environnementale de l´Algérie. En outre, il serait légitime de s´interroger sur l´avenir de l´oued El Harrach qui continue à chatouiller les narines des visiteurs, mais il serait plus pertinent de demander à l´APS à quelle place se situe l´Algérie dans le monde.

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