«Galeries La Faillite»

«Il se passe toujours quelque chose aux galeries La Fayette». C´est ce fameux slogan publicitaire qui est resté accroché encore dans les mémoires, bien après que les prestigieux grands magasins aient fermé leurs portes au grand dam de leurs employés qui sont restés sur le carreau. Evidemment, dans le constant changement qui intervenait dans cette défunte institution, il faut voir toujours un aspect positif: de nouveaux produits qui faisaient rêver les ménagères et les privilégiés de chez nous qui avaient réussi à se débrouiller une autorisation de sortie, cent dinars convertibles aux taux officiels et d´autres devises chez les immigrés de chez eux. Il y avait de nouveaux prix qui étaient toujours revus à la baisse, ne serait-ce que pour embêter les concurrents d´en face où l´on trouvait de tout, comme à la Samaritaine.
Bref, cette formule avait fait fortune et elle est restée fortement imprimée dans les esprits de ceux qui avaient battu leur semelle entre Tati, les 2 Marronniers et les Galeries Lafayette. Peut-on appliquer cette formule chez nous? Bien entendu! Mais sous ses aspects les plus négatifs. D´abord, il y a les constantes hausses qui affligent tous les jours les consommateurs, surtout pendant ces jours d´ascèse et de piété. Ensuite, et là nous quittons le marché pour rejoindre nos chères institutions: eh oui, il y a toujours quelque chose de nouveau chez nos chers ronds-de-cuir. De nouveaux règlements tombent sans crier gare sur la tête du pauvre administré. Tenez! par exemple, chaque fin de mois, c´est toujours avec une très grande appréhension que je me rends à la poste pour essayer (je dis bien essayer) de toucher ma maigre retraite qui représente bien trente-trois années de services pas toujours loyaux au bénéfice de cet Etat qui nous le rend bien. Je m´attends toujours à trouver une file désespérément longue de retraités aigris, une cohue de cheveux blanchis sous le harnais, un brouhaha confus dans les salles pas toujours aérées et climatisées de la poste.
Evidemment, outre la foule, on y retrouve la bienveillance des guichetiers levés du pied gauche, les ordinateurs qui tirent la langue, l´absence de chèques et du receveur qui est habilité à recevoir les doléances.
Ce matin, j´ai rencontré Riadh, un ancien collègue qui a pris sa retraite de la même entreprise que moi, cette boîte que les amis de l´Inspecteur Tahar aiment nommer avec l´accent cher aux Jijeliens «Sendouq dhi lekdheb». Riadh m´a narré sa mésaventure ainsi: «A la poste de K...où j´ai l´habitude de toucher les chèques CCP émis par mon épouse, je me suis vu refuser, le mois dernier, le chèque par la guichetière qui m´avait demandé le livret de famille. Après de vaines négociations avec la préposée, j´ai essayé de joindre le receveur qui s´était barricadé dans son bureau: en vain. C´est sur le trottoir que je l´ai accroché avec toute la rage et la véhémence de quelqu´un qui a perdu une demi-journée. Le receveur m´expliqua bonnement qu´à la suite de conflits, un nouveau règlement a été décidé. Pourquoi n´est-il pas affiché alors?» C´est dire les incohérences du système. Que dire alors de ces chéquiers (réduits au nombre de dix!) qui n´arrivent pas? Que dire de cet ordinateur qui délivre les spécimens de signature (pour les privilégiés qui touchent plus de 20.000DA) qui met une demi-heure à chauffer?
Le 23 septembre de l´an de grâce 2007, correspondant au onzième jour du mois sacré du Ramadhan de l´année hégirienne 1428 le centre payeur de la place du 1er-Novembre avait ouvert ses portes à l´heure, à 8h du matin. Mais l´argent pour payer les retraités n´est arrivé qu´à 9h: il se passe toujours quelque chose aux Galeries La Faillite!