Le fonds, l’office et le Saint-Esprit

Nous y voilà! Il a fallu neuf mois de tergiversations, de louvoiements et de manoeuvres douteuses pour qu´enfin le gouvernement prenne le taureau par les cornes et décide de traiter le problème spécifique de la pomme de terre.
Pour qu´on en arrive à ce stade, il a fallu attendre que les ménages soient dépouillés de leurs maigres économies par des spéculateurs sans scrupules, encouragés par le laxisme des ministères du Commerce et de l´Agriculture qui se sont pendant un moment passé et repassé le problème. Mais la décision de la création d´un fonds spécial de stabilisation des prix et d´un office national de la pomme de terre serat-elle suffisantes pour apaiser l´inquiétude des citoyens et éteindre l´incendie qui s´est emparé des étals?
L´expérience malheureuse d´une démocratie malmenée a montré que la création de commissions, d´observatoires, de fonds et de fondations ne font qu´exprimer les velléités d´un pouvoir incapable ou non désireux de régler les problèmes. Cela trahit avant tout l´incapacité des différents ministères chargés d´étudier, de proposer des règlements et de solutionner les problèmes qui se posent à la société.
C´est sans doute la complexité de ces problèmes liés sûrement aux différents intérêts (souvent contradictoires) imbriqués dans l´équilibre instable de la situation politique qui pousse les autorités à opérer par une fuite en avant en créant des organismes ou des structures ad hoc, car qui empêche les ministères, ces immenses machines bureaucratiques budgétivores, de trouver des solutions, tâche inhérente à leur existence même? Dans les pays où la démocratie est la pratique normale, c´est le Parlement qui demande la création de commissions de contrôle pour examiner les affaires courantes. Ce n´est que quand il y a risque de scandale qu´on crée une commission extraordinaire pour étudier et éclaircir le non-respect des lois. Tout est là. C´est le non-respect des lois, des règlements et souvent le viol de la Constitution qui amènent les oppositions à montrer les dents et les pouvoirs à faire la concession qui ne coûte rien: créer une commission. Sans doute pour enterrer ou faire oublier le problème.
Ainsi, dans le passé, on a vu la création d´observatoires pour le problème ardu des droits de l´homme, la corruption, la drogue...Des commissions pour étudier des événements aussi tragiques que les événements de Kabylie. Dans ce cas, ce douloureux problème a eu droit à deux commissions.
La création de fonds s´attache au financement de certains déséquilibres créés par une gouvernance chaotique.
Ainsi, s´il est pratique de créer un fonds pour les victimes de la tragédie nationale ou des catastrophes naturelles, on ne voit pas l´utilité d´un fonds pour le soutien des prix des produits alors qu´il est plus logique de donner un coup de pouce à des salaires et à des revenus qui ont subi les attaques de tous les fronts: de l´intérieur comme de l´extérieur.
Alors, créer un office de la pomme de terre c´est revenir au temps glorieux de la révolution agraire où toutes les Ofla et les Capcs n´ont pu résoudre les problèmes de production et de commercialisation des fruits et légumes.