Le dernier de la classe

Heureusement qu´il y a les organisations internationales pour nous renseigner sur ce qui se passe chez nous. Si l´on devait attendre des institutions spécialisées et de leurs courroies de transmission, les «tout-va-bien», l´Algérien mourrait ignorant.
Evidemment, nous avons nos systèmes comptables qui évaluent chaque année le nombre de véhicules importés, le nombre d´accidents de la route avec le nombre de morts, de blessés, de handicapés et surtout le coût supporté par le budget national. On peut connaître aussi la comptabilité morbide des attentats terroristes et des conséquences qu´ils entraînent. On peut connaître le nombre de repentis qui se sont rendus aux autorités, mais il sera plus difficile de connaître ceux qui font le chemin inverse, pour la première fois ou pour la deuxième fois. Il y a quelques années, il était très facile de connaître le nombre de naissances, de mariages et de décès; avec l´apparition et la persistance des maquis, les chiffres devront être revus. On peut évaluer approximativement le nombre d´analphabètes en soustrayant le nombre de scolarisés du chiffre des naissances en tenant compte, néanmoins, de ceux qui fréquentent les écoles privées...On peut encore connaître le nombre d´inscrits sur les listes électorales, mais il serait impossible d´évaluer, lors d´élections, le nombre exact de votants et d´abstentions: les estimations faites par l´opposition et les résultats affichés par les services officiels sont souvent très différents pour rendre crédible toute information.
Il ressort, en fin de compte, que les instruments de mesure pour les statistiques ne sont pas toujours au point pour donner des informations fiables. C´est encore plus aléatoire quand il s´agit d´évaluer le degré de corruption dans un pays qui connaît une gestion chaotique et des années noires de dictature et de terrorisme. Ce n´est pas un hasard si les pays les mieux cotés en matière de corruption sont les pays les plus démocratiques, des pays où les Parlements, les associations civiles agissent dans la transparence quand ce n´est pas dans l´harmonie. Dans le nouveau classement donné par Transparency International pour 2006, ce sont des pays comme l´Irak, la Birmanie et la Somalie qui sont les moins bien classés. Mis à part la Birmanie, qui est dirigée par une junte militaire qui a résisté, grâce à sa proximité avec la Chine, ce sont les deux pays victimes de l´agression anglo-saxonne (Irak) ou d´une guerre civile (Somalie) qui font les frais de ce classement peu enviable. Cependant, il n´est pas spécifié si ces deux pays avaient fait des progrès ou ont régressé après les événements tragiques qu´ils ont connus. Il ressort aussi que les facteurs pris en considération par l´organisme international sont en majeure partie des sondages effectués auprès d´experts, d´hommes d´affaires et d´organismes de surveillance. Donc, les résultats obtenus ne peuvent être qu´approximatifs, si l´on en juge par l´état des lieux dans les pays gangrenés par cette maladie. La pauvreté étant l´une des conséquences les plus visibles de la corruption, le classement serait beaucoup plus fiable si on pouvait «mesurer l´immesurable», c´est-à-dire le fossé qui sépare les riches des pauvres. Plus ce fossé s´élargit, plus la corruption est grande: les instruments de redistribution de la rente étant aux mains des plus riches, c´est-à-dire des faiseurs de corruption. D´autres facteurs peuvent être mis en ligne: le nombre de détournements, le nombre de procès économiques avec leur dénouement, la vitesse d´enrichissement de certains corps de métier, dans l´administration comme dans les secteurs économiques, le nombre de harragas, et surtout le nombre de lois qui ne sont pas appliquées. Enfin, il suffirait de connaître les fortunes expatriées et leurs heureux titulaires.