...19 pour faire 20

Demain, beaucoup d´Algériens célébreront, chacun selon sa sensibilité ou la façon dont il a vécu ces vingt dernières années, le dix-neuvième anniversaire des «événements», les émeutes d´Octobre. Personne parmi les Algérois moyens ne pourra dire (et on n´épiloguera pas longtemps dessus) si ces événements ont été spontanés, fruit d´un ras-le-bol généralisé, ou tout simplement le produit de laboratoire de quelques machiavéliques Frankenstein. L´avenir nous le dira quand «l´inflexion des voix» qui ne nous ont pas été chères se feront entendre ou simplement quand toutes les archives de cette sombre période seront ouvertes...
Bref, l´important est de jeter un regard en arrière pour considérer et évaluer le chemin parcouru. Et la question que se posent inévitablement les Algériens est de savoir s´ils ont gagné quelque chose, car il est évident que dans tout changement brutal ou doux, il y a toujours des petits malins qui gagnent au change.
D´ailleurs, dans la tradition, le coq kabyle (gaulois) souhaite qu´il y ait tous les jours de nouvelles mesures de grains: ainsi il pourra toujours ramasser des grains qui tombent des boisseaux. D´abord, les «émeutes» du 5 Octobre opposant des forces de police pacifiques à des manifestants «intouchables» survenaient en pleine ébullition du mouvement ouvrier dans le périmètre de Rouiba. Cette gigantesque grève avait mobilisé d´impressionnantes forces de police qui allaient se montrer inopérantes devant les «pillages» du 5 Octobre 1988. L´effet le plus positif fut sans aucun doute la chute d´un gouvernement haï et vilipendé qui était tenu comme responsable de toutes les difficultés des masses populaires. Le deuxième effet fut évidemment, après la déclaration de l´état d´urgence, l´ouverture politique consacrée par un amendement de la Constitution, l´irruption d´une soixantaine de petits partis subventionnés qui ne dureront guère que le temps de la subvention. De redoutables organisations allaient se profiler à côté de l´ex-parti unique. Le plus féroce d´entre tous nous vaudra les années de tragédie nationale qui ont endeuillé le pays devant des puissances occidentales dans l´expectative ou l´hostilité et devant le ravissement de certains pays frères. L´ouverture démocratique allait permettre grâce aux efforts et manoeuvres subtiles du Premier ministre Mouloud Hamrouche, l´apparition d´une presse libre et privée qui allait dans un premier temps marquer son tempo face à un pouvoir hésitant. Alger Républicain, El Watan, Liberté, l´Hebdo Liberé allaient inviter les Algériens à une nouvelle lecture sur la nature du pouvoir. Hélas, l´apparition d´un terrorisme braqué sur cette nouvelle profession, le verrouillage médiatique par une nouvelle loi sur l´information, tout comme le maintien du monopole de la publicité aux mains de l´Etat, stoppèrent brutalement un élan d´enthousiasme. Pour le reste, la non-acceptation de la création de certains partis comme le FR de Ghozali ou Wafa de Taleb El Ibrahimi va ôter toute crédibilité aux espoirs conçus au lendemain d´Octobre. Pour le reste, beaucoup d´Algériens se sont appauvris, tandis qu´une mince frange continue à téter à pleine bouche la vache à lait.