Morosité

Ce Ramadhan 1428 ressemble à tous les autres mois de jeûne qu´a connus l´Algérie depuis qu´elle s´est engagée, sans espoir de retour, sur le chemin de la consommation à outrance et du gaspillage.
Ce Ramadhan est juste un peu plus cher que les autres, beaucoup plus cher pour être plus proche de la vérité. Mais l´ambiance générale est la même: les mêmes faces pâles marquées par une nuit blanche ou un sommeil insuffisant entrecoupé de réveils intempestifs: juste le temps de jeter un coup d´oeil sur la montre pour voir si l´heure du s´hour a sonné ou non. Autrement, c´est kif-kif. Les mêmes personnes qui se prennent aux arrêts d´autobus pour essayer de pointer au boulot. Les mêmes bus surchargés qui stationnent longuement à chaque arrêt, ajoutant un degré supplémentaire à l´exaspération de voyageurs qui représentent là, la couche la plus défavorisée d´une population exsangue.
Les privilégiés, eux, ont réussi à acheter une voiture à crédit puisqu´ils réunissent tous les critères de solvabilité exigés par les banques. Mais cette année, les transporteurs ont innové: d´habitude, quand un bus tombe en panne, le receveur s´arrange toujours pour dépanner les malheureux voyageurs pressés de rejoindre leur destination: il arrête un autre bus et embarque les naufragés qui n´auront pas à s´acquitter une deuxième fois du prix de leur billet. Tenez, hier, en prenant un minibus de la place des Martyrs pour me rendre à la cité du 8-Mai-45, arrivé au niveau de l´hippodrome du Caroubier, le bus bringuebalant rendit l´âme et un de ses pneus exhala son dernier soupir dans un bruit qui ne laissait aucun doute sur la cause de la panne.
Le conducteur fit mine de se salir les mains juste le temps d´arrêter un autre bus qui allait vers la même destination. Eh bien, vous n´allez pas me croire, il s´opéra devant les yeux ahuris des naufragés une permutation des conducteurs. Le chauffeur en panne prit les rênes du bus en état de marche et les naufragés le suivirent en choeur, ravis d´être dépannés aussitôt. Quelle ne fut leur stupéfaction quand ils furent invités à payer une seconde fois, alors que tout laissait croire que les deux bus appartenaient au même transporteur, puisqu´il y eut permutation de conducteurs. Les voyageurs frustrés se mirent à protester en douce, vouant aux gémonies le conducteur, le receveur culotté et le patron sans scrupules.
Ils remarquèrent, une fois de plus, le laxisme persistant au niveau du contrôle de cette activité qui représente une portion importante dans la journée de travail du citoyen. La surcharge, l´état défectueux du matériel, l´encombrement des voies de circulation s´ajoutent à la morosité ambiante.