Instabilité notoire

Vraiment, les Algériens en auront vu de toutes les couleurs, principalement durant ce mois sacré de Ramadhan: ils apprennent tout d´un coup qu´«on» va s´attaquer au point stratégique qui fait leur orgueil et leur raison de vivre. Je veux parler de cet organe central et centraliste: l´estomac. Des menaces prochaines pèsent sur les prix des produits importés: blé infesté, pomme de terre avariée et vaches à lait...Il n´y a pas que cela, hélas! Après avoir connu le malheur à cause des hordes intégristes composées d´individus de plusieurs nationalités, l´Algérie s´apprête à connaître de nouveaux messagers de la mort. L´Internationale du crime et de l´horreur, selon certaines sources, recrute dans tous les pays musulmans où la démocratie est absente. Après les Marocains, les Algériens, les Tunisiens, les Libyens, les Egyptiens et les Yéménites, la pieuvre compte envoyer des Pakistanais. Pourquoi des Pakistanais? Qui planifie ces ténébreuses machinations qui consistent à mettre en branle l´armée des ombres vers un pays si loin?...N´y a-t-il pas de «travail» pour ces damnés de la terre dans leur propre patrie où règne sans partage un pouvoir dictatorial? N´y a-t-il pas des priorités dans le voisinage immédiat, c´est-à-dire en Afghanistan où les troupes de l´Otan ont remplacé les forces soviétiques sans que personne n´y trouve à redire?
Pour quelqu´un qui fait le long voyage d´Islamabad jusqu´aux frontières du Maghreb, n´y a-t-il pas un moment de halte pour la réflexion dans cette terre martyrisée depuis six décennies: la Palestine occupée par les forces sionistes soutenues par les USA? Dans chaque crime, il faut toujours chercher le mobile: à qui profite le crime? Il faut dire que les dictatures militaires ne peuvent enfanter que des monstres, surtout si ces juntes sont activement soutenues par l´Amérique. Il faut rafraîchir la mémoire du lecteur et lui rappeler que les colonels grecs qui ont plongé dans le chaos ce berceau de la civilisation occidentale, n´ont pas gêné du tout les défenseurs de la démocratie libérale et du dollar. Il aura fallu la déconfiture des troupes grecques, impuissantes devant la machine de guerre turque qui avait occupé Chypre (une autre ancienne dictature militaire soutenue et alimentée par les USA) pour que les colonels rendent leur uniforme. Il en ira de même pour la, dictature argentine qui ne connaîtra de printemps démocratique qu´après la défaite lors des guerres des Malouines. Quant au Pakistan, il semble être le dernier bastion (après le Myanmar, bien sûr) à compter parmi ses dirigeants des généraux. Nul ne saura dire si le poète Mohammed Iqbal, qui avait lancé, dans les années 30, l´idée d´une nation musulmane détachée de l´Hindoustan pensait que celle-ci connaîtrait un tel destin? Qui pourra dire si les musulmans qui vivent au Pakistan sont plus heureux que les musulmans qui vivent la démocratie indienne? Les heurts entre hindouistes et musulmans sont-ils plus nombreux que les guerres civiles que se livrent sunnites et chiites depuis des années, à l´ombre d´un pouvoir militaire attaqué de toutes parts: les forces sociales, les démocrates et les intégristes? Des voitures piégées, des heurts entre manifestants et forces de l´ordre sèment tous les jours la mort.
Un espoir demeure: le Pakistan n´a pas hérité que le polo ou le cricket de l´ancienne puissance coloniale. La démission de 85 députés, les manifestations violentes d´avocats et de juges laissent présager des lendemains heureux malgré des élections dont la transparence, curieusement, n´a jamais été mise en doute (d´habitude, des observateurs internationaux sont mobilisés pour prendre le pouls de la démocratie dans les régimes suspects...). Ce n´est certainement pas des accords politiciens de dernière minute, comme ceux survenus entre Musharraf et Bhutto, qui feront sortir le pays de l´ornière de l´instabilité.