Hold-up

L´histoire des Républiques est riche en scandales financiers, petits ou grands. Sous la monarchie absolue, le monarque prélevait et distribuait selon son bon vouloir. Sous les monarchies constitutionnelles, le Parlement limitait les abus et octroyait à la famille royale de quoi mener un train de vie enviable. Bref, sous l´Ancien régime, seuls quelques intendants ou percepteurs pouvaient faire l´objet de poursuites pour détournement. Dans les Républiques, c´est monnaie courante. Qu´il y ait alternance ou non au pouvoir, chaque équipe dirigeante s´empresse de se remplir les poches ou de remplir celles de leurs amis, car, comme le disait un éminent professeur d´économie, le gouvernement est toujours au service d´une classe. Le meilleur exemple nous est fourni par nos voisins d´en face: l´ancienne métropole s´est illustrée par plusieurs petits scandales financiers qui nous ont été gracieusement rapportés par des journalistes que les oeillères barbelées de la censure ont heureusement épargnés. Le talentueux billettiste de l´Humanité, André Wurmser, ne cessait de pourfendre le régime de Giscard d´Estaing qui avait permis à certains privilégiés de bénéficier d´un intérêt de 10% grâce à «l´emprunt Giscard». Ce système de vente de bons d´équipements à tirage limité permettait à une minorité de s´enrichir sur le dos du contribuable alors que le chômage s´abattait sur une classe ouvrière non encore revenue des accords de Grenelle et qu´une drastique politique d´austérité était menée par «l´honnête homme d´Etat» Raymond Barre. Le Canard enchaîné relèvera, lui, l´épisode qui n´a jamais été éclairci des «avions renifleurs», opération qui permit d´arroser certains élus de la majorité. On passera évidemment sur les petits marchés frauduleux qui, transgressant les lois, pouvaient permettre à certaines entreprises choisies de bénéficier de certains marchés afin qu´elles renflouent en retour les caisses des partis. Il serait inutile de parler des petits larcins comme les emplois fictifs, ou les surfacturations. C´était monnaie courante. L´époque Mitterrand fut secouée par un violent séisme de magnitude 7 sur l´échelle ouverte des délits d´initiés: ce scandale coûta la vie officiellement au seul Pierre Bérégovoy, alors ministre des Finances. Ou n´oubliera pas les effets tentaculaires qui secouèrent Elf et qui firent amener un ancien ministre des Affaires étrangères à la barre!
Le dernier gouvernement de Chirac vient de se faire offrir, avec quelques mois de retard, une casserole de grande envergure: des soupçons sérieux pèsent sur M.Thierry Breton, ministre des Finances de l´époque où la Caisse des dépôts et consignes, organisme public dépendant du ministère de M.Breton, acheta, toute prudence mise de côté, un paquet d´actions d´Eads, société franco-allemande d´aéronautique qui commençait à battre de l´aile en raison de retards dans le plan du programme Airbus. L´action achetée à 32 dollars périclita aussitôt à 22 dollars quelques jours après l´opération. Le délit d´initié n´est pas loin si la présomption d´innocence n´était de règle en France. Le cadeau fait au groupe privé Lagardère est chiffré à 120 millions d´euros. Un beau tollé dans le ciel serein de Marianne...
Qu´en est-il dans la République pétrolo-bananière qui est la nôtre et qui a connu tant de scandales à répétition? Il n´y a qu´à se référer aux propos de Belaïd Abdesslam, dont le patriotisme économique n´est plus à démontrer, qui, sur les plateaux de l´Unique, avait dénoncé, peu avant son éviction, les largesses du pouvoir envers deux hommes d´affaires dont l´un aurait bénéficié d´une éponge de 2 milliards d´impôts sur son ardoise.
D´ailleurs, le même Belaïd Abdesselam, selon le ´´tract´´ qu´il a émis sur Internet, aurait proposé aux décideurs de recenser les cadeaux faits par l´Etat à certains privés. S´il parle de recenser, c´est que la liste doit être bigrement longue et s´il ne parle que de recensement, c´est que leur remboursement doit être problématique!