Lectures de l’Histoire

Un gouvernement est censé avant tout gérer les équilibres qui assurent une stabilité à la société. Cette stabilité est nécessaire pour tout développement de la société. Comme il arrive souvent, le gouvernement n´est que l´émanation d´une classe ou d´une couche sociale de la population: il est chargé de défendre les intérêts de cette classe et de procéder à la redistribution des richesses au bénéfice de cette classe. Pendant qu´il envoie les dividendes sonnantes et trébuchantes à la catégorie des bienheureux, il essaie de calmer les couches frustrées en leur envoyant du vent: nationalisme exacerbé, religiosité proche de la bigoterie, la patrie en danger et tout l´arsenal qui titille la fibre émotionnelle.
La majorité de droite au pouvoir en France depuis 2002 n´a pas trouvé mieux en matière de communication que d´essayer d´instrumentaliser l´Histoire. Les parlementaires avaient bien essayé par le projet de loi du 23 février 2005 de procéder à une réinterprétation de l´histoire de la colonisation en présentant celle-là comme une oeuvre civilisatrice. Le projet est tombé à l´eau dans la réprobation générale.
Nicolas Sarkozy est revenu en France pour la deuxième fois en faisant découvrir aux élèves français la lettre émouvante et oubliée d´un jeune communiste français fusillé par les Allemands. Cette lettre n´est avant tout qu´un message d´amour filial. «Je souhaite que ma mort serve à quelque chose» est la seule référence au militantisme de ce Guy Môquet dont les parents étaient communistes. Il faut replacer ce tragique événement dans le contexte d´alors: le PCF, parti international à l´écoute de Moscou, s´est montré hostile à la déclaration de guerre faite en 1939 par la France à l´Allemagne pour la bonne raison qu´en 1938, la Russie stalinienne signait un Traité d´amitié avec l´Allemagne nazie. En France, les communistes seront mal considérés jusqu´en juin 1941, quand les troupes fascistes envahirent l´URSS. Le Parti communiste français se mobilisa alors comme un seul homme et créa des maquis et une résistance urbaine efficace.
Le gouvernement de Vichy créa, sous l´autorité du ministre de la Justice, Pucheu (fusillé en 1943 au Polygone du Caroubier pour trahison), des sections spéciales qui arrêtaient les gens suspectés de résistance et ils livraient ces otages, des communistes en majorité ou des gens réputés tels, aux troupes allemandes qui les fusillaient en guise de représailles à l´occasion d´un attentat, d´une embuscade ou d´un sabotage audacieux. Guy Môquet (dont le nom a été donné à une rue de Birmandreïs), fut le plus jeune d´un groupe de 27, fusillés à Châteaubriant. Son message est émouvant certes, mais il est de portée moindre que la sublime lettre adressée par Manouchian, résistant communiste d´origine arménienne qui fut fusillé avec 22 de ses camarades, tous d´origine étrangère, pour actes de résistance. «Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand» est la phrase qui émerge de cette lettre qu´il adressait à sa compagne, Mélinée, à la veille de sa mort.
Le grand poète Aragon a immortalisé cette lettre tout en lui gardant une extrême fidélité dans son très beau poème L´Affiche rouge, popularisé par la chanson éponyme mise en musique et interprétée par Léo Ferré.
Ce que Sarkozy semble oublier, c´est que Guy Môquet tout comme Manouchian seraient à l´heure actuelle, s´ils étaient vivants, du côté des sans-papiers, des racailles de banlieue, des grévistes de la Sncf et surtout contre les tests ADN. Ils auraient exprimé bruyamment leur repentance à l´égard de tous les méfaits du système colonial français.