Chorba-fric

Le mode de gestion centralisée tel qu´il a été légué par la Révolution française, qualifiée de jacobine, a ses côtés positifs tout comme il traîne des tares et suscite des embûches bureaucratiques qui freinent l´application des décisions, ou tout simplement, bloquent des initiatives...
Tout esprit cartésien est au fait que le gouvernement, pour mener à bien les lourdes tâches qui lui incombent, a créé des ministères, de plus en plus nombreux, des secrétariats d´Etat pour seconder ces lourdes machines ministérielles.
Au sein de chaque ministère, il y a, bien sûr, M. le ministre avec son cabinet, son chef de cabinet, sa secrétaire, son chef de protocole, son ou ses chauffeurs, son planton, son aréopage de conseillers, sa légion de directeurs et de sous-directeurs, des cohortes de secrétaires... Chaque direction au sein du ministère a son rôle bien précis à jouer: gérer les ressources humaines, le matériel, le parc roulant, les moyens généraux, les projets, la culture et l´information, les relations extérieures, le contentieux, les finances, le commercial, et cetera, et cetera.
Pour mieux ancrer les actions gouvernementales dans la proximité, on a créé des préfectures et des sous-préfectures. A leur tête, un fonctionnaire de l´Etat qui dispose de la même logistique que le ministère, avec des départements pour toutes les activités du gouvernement et des collectivités locales. Et cela va ainsi jusqu´à la plus petite cellule administrative qui est la commune. Des relations complexes gèrent à la verticale (le plus souvent) ou à l´horizontale, unissent ces entités au point que, souvent, l´administration tient plus de la tour de Babel que d´une ruche d´abeilles où chaque agent est astreint à une tâche bien particulière dans son espace compartimenté. Et oui! Cela ne baigne pas dans l´huile! Dans la cacophonie des relations entre tous les intervenants, des rivalités de clocher -des dissensions partisanes, des empiètements de compétences- le résultat des ministères laisse tellement à désirer que pour résoudre des problèmes nouveaux qui viennent se greffer aux problèmes antiques, le ministre n´a plus qu´à prendre sa plus belle plume pour créer dans le geste auguste du fonctionnaire omnipotent un nouvel organe spécialisé dans une fonction nouvelle: et en voilà!
Des observatoires pour scruter les nébulosités brumeuses des affaires suspectes et des offices pour gérer l´ingérable, des agences pour suivre quotidiennement l´évolution des tracas, des fonds pour alimenter des opérations temporaires limitées dans le temps, dans l´espace et dans l´esprit, des caisses pour recueillir ces fonds précieux, des caisses noires pour financer l´indicible, pour gérer l´imprévisible, des commissariats pour mener à terme des missions bien précises, des comités pour étudier, pour suggérer et enfin des commissions pour contrôler tout ce beau monde! Cela fait une pléthore de fonctionnaires avec tous leurs avantages qui deviendront bientôt des acquis pour finir en rente...
Après l´office pour la pomme de terre, M. Barkat vient de joindre à la solanacée esseulée le bulbe qu´est l´oignon.
On attend avec impatience l´arrivée des autres légumes: la carotte, l´échalote, le poireau, le navet, la courgette, l´épinard, le topinambour, les herbes aromatiques, l´huile d´olive. Il ne manquera que le poivre et le sel pour que la chorba gouvernementale soit assurée.