L'ALGÉRIEN ET SA PERCEPTION DU CRÉDIT
L'Algérien n'est pas dans le même état d'esprit que l'Américain. Il est loin d'imaginer l'ampleur de la catastrophe des subprimes sur les ménages de l'Oncle Sam. Il imagine mal la scène de l'huissier qui viendrait le déposséder...
Le crédit bancaire en faveur des ménages est d'actualité cette semaine. Notre ministre des Finances, Karim Djoudi, a annoncé, mardi dernier, qu'«il pourrait y avoir un retour des crédits à la consommation pour l'achat de produits fabriqués en Algérie». Il s'agit de produits comme l'électroménager, l'ameublement et le matériel informatique à usage domestique. Le crédit automobile est lui aussi concerné dans la mesure où les projets d'investissements dans notre pays de constructeurs étrangers verraient le jour. Il est hors de question, en effet, de faire tourner les usines installées hors du territoire avec l'argent des Algériens. C'est le premier aspect du problème. Le second est le surendettement des ménages algériens. Alors là, qu'il s'agisse de véhicules, de frigos ou de logements, le risque est le même. D'ailleurs et dans la même journée, la Cnep a, dans un communiqué, annoncé «un nouveau mode de calcul des crédits hypothécaires (logements Ndlr)» motivé par la révision des capacités de remboursement des particuliers qui postulent à ce genre de crédits. Dans ces crédits hypothécaires, les acquisitions dans le cadre des programmes LPA (logement promotionnel aidé), qui a remplacé la formule LSP (logement social participatif), se taillent la part du lion. Ces crédits n'ont jamais été interrompus et bénéficient même d'un taux d'intérêt bonifié de 1%. Donc simultanément, cette semaine, le ministre des Finances et la Cnep ont remis sur la table le dossier des crédits des ménages. Laissons de côté l'aspect purement technique (financier et bancaire) du dossier pour nous pencher sur son volet sociologique qui n'est pas toujours abordé mais qui détermine pour une bonne part l'endettement, voire le surendettement de nos ménages. Il faut d'abord rappeler qu'il n'était pas dans nos traditions de pousser la porte d'une banque pour demander un crédit à la consommation ou hypothécaire. Cette pratique date de moins d'une décennie. Cela a commencé, de manière indirecte, avec les programmes Aadl pour s'étendre ensuite aux autres programmes comme le LSP où l'acquéreur est mis en relation directe avec la banque. Par la suite ont suivi les autres formules de crédits à la consommation dont celui de l'automobile est le plus connu. Ceci pour dire que l'Algérien fait ses premiers pas dans le crédit. Auparavant, rappelons-nous, la seule «bouée de sauvetage» était le prêt consenti par les oeuvres sociales de l'entreprise, publique évidemment. Le montant du prêt était si minime et la retenue effectuée à la source, c'est-à-dire par retraits sur le salaire, qu'il réduisait son incidence sur la gestion du budget familial à sa plus simple expression. Il y avait aussi les coopératives au sein de ces mêmes entreprises qui fournissaient l'équipement domestique (télés, frigos, cuisinières,etc.) au gré des arrivages. Là aussi on payait par retraits à la source. A cette époque-là (du SGT) de plein-emploi, presque tous les Algériens en ont bénéficié. Sauf que cette époque n'a pas laissé que de bons souvenirs en termes de gaspillages, de non- remboursements et de malversations. C'est dans cette perception qu'ont été lancés le crédit hypothécaire et le crédit à la consommation dans notre pays dans les années 2000. Habitués au laxisme des oeuvres sociales, les Algériens ne mesurent pas correctement les rigueurs de la banque. A ce jour, la pleine signification d'une voiture gagée ou d'un logement sous hypothèque n'est pas évidente dans l'esprit de tous les Algériens. Le spectre des saisies et de la ruine personnelle n'est pas encore la hantise de nos emprunteurs. C'est cette part d'insouciance qui faisait courir le risque de surendettement des ménages et qui a été un des motifs essentiels de la suppression du crédit automobile dans lequel s'était «jetée» une bonne partie de la population. L'Algérien n'est pas dans le même état d'esprit que l'Américain. Il est loin d'imaginer l'ampleur de la catastrophe des subprimes sur les ménages de l'Oncle Sam. Il imagine mal la scène de l'huissier qui viendrait le déposséder de la voiture ou de la maison pour cause de non-remboursement d'un crédit. C'est pourquoi, il est capable de multiplier les crédits jusqu'à se retrouver assailli par les créances, les créanciers, la justice et pour finir, l'huissier et la faillite. Visiblement, des traces de cette insouciance subsistent puisque la Cnep a décidé de durcir ses conditions. Ce qui devrait donner à réfléchir à Karim Djoudi avant la relance du crédit à la consommation comme annoncé. Pour éviter des surprises, il se doit d'inclure dans ses réflexions de financier la part de sociologie algérienne dans l'acte d'emprunter. Pour protéger la société contre elle-même!

- LE PRÉSIDENT FRANÇAIS EN VISITE SURPRISE EN AFGHANISTAN
Hollande, pour un retrait «ordonné et coordonné» - GUERRE DE TRANCHÉES AU SEIN DU FLN POUR LA PRÉSIDENCE DE L'APN
Deux hommes pour un fauteuil - LES DEUX PRÉSIDENTS VONT SE RENCONTRER BIENTÔT
Bouteflika et Hollande prônent un partenariat d'exception - PROJET DE RETRAIT DE LA POLICE DES STADES
Que vise le général Hamel? - AGRESSION CONTRE LE PRÉSIDENT MALIEN
Trois responsables pro-putsch entendus







Réagir à cet article