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Didouche Mourad, ce héros méconnu

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Il était beau. Il était élégant. Il était le plus jeune de ses cinq compagnons. Il était membre des 22. Des 6. Il est mort, les armes à la main, deux mois et demi après le déclenchement du 1er Novembre. Très peu l'ont connu. Faute de témoignages sur ses faits d'armes, qu'il nous soit permis de rapporter une séquence que nous avons eu le privilège de vivre près de lui...

Cette semaine, nous anticipons. Dimanche prochain nous serons le 18 janvier 2015. Il y a 60 ans, jour pour jour, le 18 janvier 1955 tombait au champ d'honneur, les armes à la main, le jeune Didouche Mourad âgé de 27 ans. A peine deux mois et demi auparavant, il avait décidé avec ses cinq compagnons (Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem et Larbi Ben M'hidi) de passer à l'action armée le 1er Novembre 1954 contre le colonialisme. La veille, ils prirent ensemble une photo pour immortaliser l'événement. Ce sera la seule photo que les Algériens garderont de Didouche Mourad. Sur la photo, il est debout et posant ses mains sur les épaules de Larbi Ben M'hidi, assis devant lui. Il était beau. Il était élégant. Il était le plus jeune de ses cinq compagnons. Il était le seul lycéen diplômé. Il avait vécu dans une aisance relative grâce à son père commerçant. Boulanger plus exactement. Faute de témoignages de ses compagnons d'armes, qu'il nous soit permis de rapporter une séquence que le hasard nous a fait vivre auprès de cet illustre héros hors du commun. Pour avoir eu la chance d'avoir habité le même quartier que lui, de l'avoir vu de son vivant, d'avoir fréquenté la même école primaire que lui, nous nous devons d'apporter ce modeste témoignage à verser dans l'Histoire. Un témoignage qui donne toute la dimension de l'esprit patriotique qui animait le chahid Didouche Mourad. Avant le déclenchement du< 1er Novembre 1954, les enfants du quartier que nous étions et dont l'âge variait entre 8 et 12 ans, fréquentions deux écoles. L'école primaire française durant la journée et, le soir, l'école coranique de la mosquée située en contrebas du cimetière chrétien près de la rue des Mimosas où se situait la boulangerie attenante à la maison des Didouche. C'était la boulangerie où l'on achetait notre pain en comptant nos sous. Il arrivait que le compte n'y était pas. C'était les jours sombres. Il arrivait aussi, occasionnellement et pour notre chance, que Didouche Mourad prenne la place du père derrière la caisse. Lorsque c'était le cas, nous nous passions le mot entre gamins. Pourquoi? Parce que Didouche Mourad connaissait l'état de précarité de chacune de nos familles et distribuait gratuitement du pain aux plus démunis d'entre nous. Il nous connaissait si bien qu'un jour et en compagnie d'un camarade de classe et de quartier, Mounsi Hocine (qu'on salue au passage s'il lit ces lignes), nous avons assisté à une remarque de Didouche Mourad qui en dit long sur ses qualités humaines et le degré de sa prise de conscience sur l'état de son peuple. Deux gamins reçurent, comme nous, des mains de Didouche Mourad un seul pain. Au deuxième gamin qui prit son air le plus éploré pour avoir son pain, Didouche Mourad eut cette réponse: «Vous êtes deux frères et vous avez un pain par famille. Comme vos camarades qui sont venus seuls.» Didouche Mourad avait le souci de satisfaire le plus grand nombre sachant que les gamins, par le bouche-à-oreille, venaient nombreux dans le magasin. Et puis, un jour, Didouche Mourad ne vint plus à la boulangerie. Les jours passant et toujours pas de Mourad en vue. Pas de pain, non plus pour nous les gamins. Savez-vous ce que nous disions, à ce propos, entre gamins? «C'est le père Didouche qui ne veut plus de Mourad à la caisse. Avec le pain qu'il distribue gratuitement, il met la boulangerie en risque de faillite.» Ce qui était faux et relevait de l'imaginaire infantile. Ce n'est que bien plus tard que nous avons appris la vraie raison de la «disparition» de Mourad. Après nous avoir donné du pain, Didouche Mourad voulait nous donner la liberté. Ce n'est pas sans émotion que ces lignes sont écrites. Tout le monde comprendra pourquoi. Le bienfaiteur qui nous donnait du pain était un des fondateurs du FLN. Un membre des 22. Un membre des 6. Le rédacteur de la déclaration du 1er Novembre 1954. La déclaration commence ainsi: «A vous qui êtes appelés à nous juger...» et se termine ainsi: «Quant à nous, résolus à poursuivre la lutte, nous donnons le meilleur de nous-mêmes à la patrie.» Quelle lucidité! Quel sacrifice! Deux mois et demi plus tard, Didouche Mourad qui avait le commandement de la wilaya II, meurt dans un accrochage avec l'armée coloniale dans la région de Skikda. C'était le premier chahid parmi les responsables qui ont déclenché la révolution armée. Il est mort alors que la révolution n'était qu'à ses débuts. Il avait avec lui très peu d'hommes. C'est ce qui explique l'absence de témoignages sur cette personnalité à qui l'Algérie et les Algériens doivent tant et tant. C'est ce qui explique la difficulté de lui consacrer un film comme cela a été fait pour d'autres chouhada. Nous sommes repassés, il y a quelques jours, à la rue des Mimosas. La boulangerie a été rasée pour agrandir la maison des Didouche. Nos jeunes ne connaissent de ce héros que la rue qui porte son nom au centre de la capitale. Pour un homme de cette trempe, de cette valeur, c'est peu. Très peu! Nous sommes tous responsables de ne pas oeuvrer à mieux le faire connaître. Dimanche on se recueillera sur sa tombe. Il faudra faire plus pour l'Histoire. Avec un grand H!

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