Hollande à Bouteflika: "Faisons bloc!"

C'est la première fois dans la longue histoire entre nos deux pays, qu'un chef d'Etat français déclare que son pays et l'Algérie font l'objet d'une même menace. Le président Hollande, dans son message au président Bouteflika, mardi dernier, affirme «ne pas se laisser faire» par le terrorisme. Il propose à notre président de «faire bloc contre l'ennemi commun». Un voile se lève...

Identification. Il y a plusieurs groupes terroristes, mais un seul terrorisme. Du GIA à Daesh en passant par Al Qaïda et toutes les autres filiales, le monstre est le même. Il a commencé à s'illustrer en Algérie durant toute la décennie des années 1990. Le monde qui n'avait pas encore saisi la nature de ce fléau a laissé les Algériens seuls face à leur agresseur. Après 200.000 morts et des pertes matérielles considérables, l'Algérie a fini par prendre le dessus sur le fléau grâce à l'arrivée à la tête de l'Etat du président Abdelaziz Bouteflika en 1999. La prise de conscience de l'Occident sur les moyens et les objectifs de cette multinationale du crime n'est intervenue qu'après les attentats du 11 septembre 2001 qui ont détruit les tours jumelles de New York. Sans percer, cependant, son organisation ni sa véritable appartenance. Ou du moins sans s'interroger sérieusement sur son «ADN». Pour des raisons d'une stratégie bien élaborée, le terrorisme s'est faussement drapé de la religion musulmane.
Alors même que ses principales victimes étaient et sont toujours les populations musulmanes à travers le monde. A ce jour, en effet, tous les milieux politico-médiatiques en Occident font semblant d'ignorer que le terrorisme actuel découle d'un savant dosage de l'organisation des sectes et de la mafia. Les sectes par leur recrutement de personnes vulnérables aptes à être poussées au suicide. Comme celui de la secte du «Temple du Peuple» de Guyanna en Amérique du Sud qui a été surmédiatisé et a coûté la vie, en 1978, à plus de 900 membres dont le tiers étaient des enfants. Ou celui des «Davidiens» qui, entraînés par leur gourou David Koresh, périrent en 1993 dans le Texas.
Ou encore ceux de l'ordre du Temple solaire au Québec en 1994. De «la porte du paradis» en 1997 aux Etats-Unis. De la secte «pour la restauration des dix commandements» et le suicide de centaines de ses membres en Ouganda en l'an 2000. La liste est longue. Ceci pour la composante. Quant à la structuration, elle est calquée sur celle de la mafia dont chacun sait qu'elle n'est pas seulement italienne, mais a plusieurs branches réparties dans plusieurs pays.
Elle se «nourrit» de trafics en tous genres dont celui de la drogue et le blanchiment d'argent. Le tout par la violence et la loi du silence. C'est exactement avec ses deux «mélanges» que fonctionne le terrorisme transfrontalier qui sévit actuellement sur la planète. A cette différence d'y avoir ajouté le «label» islamiste pour dresser le monde entier contre l'Islam.
A cette différence aussi que les gourous du terrorisme poursuivent des objectifs politiques tout en laissant leurs recrues faire la rapine avant de les envoyer au casse-pipe. Ce rapide flash-back était nécessaire pour mieux comprendre les propos du président français qui dans son message de mardi souligne que «ces actes barbares n'ont rien à voir avec l'Islam... (Il rejette donc) La logique des terroristes qui ne visent qu'à semer la division et la haine et veulent prendre les musulmans de France en otage». Le président s'arrête là. Il ne dit pas pour quels profits les commanditaires du terrorisme sèment «la division et la haine» dans les pays qu'ils ciblent.
Mais en procédant par élimination, il soulève le voile. Il le soulève encore un peu plus lorsqu'il affirme que «Le fléau terroriste est notre ennemi commun. L'affronter constitue une priorité pour nos deux pays. Nous aurons besoin de travailler davantage ensemble. Je sais l'engagement de votre pays dans cet objectif».
Un bon observateur de la vie politique est vite mis dans la voie. Il est vrai qu'il faut des preuves formelles pour désigner nommément les commanditaires. L'omerta de la mafia et le cloisonnement structurel qui bloque toute remontée jusqu'aux vrais donneurs d'ordres ne simplifient pas la tâche. Il n'en demeure pas moins que la question «à qui profite le crime?», placée dans le contexte de globalisation et d'interconnections des conflits, permet a minima, de chercher dans la bonne direction.
Surtout si l'on se donne la peine de «plonger» dans l'histoire contemporaine. Avoir un ennemi commun alors que toutes les apparences plaidaient pour le contraire, depuis au moins le XVIIe siècle, a de quoi surprendre. Les propos du président Hollande sont mesurés et choisis avec rigueur. De quoi donner au message de l'Elysée une dimension historique!