Un "casier judiciaire" pour les automobilistes?

Trop de morts sur nos routes. Beaucoup de mesures ont été essayées. Un nouveau projet de loi est soumis au Parlement. Suffira-t-il? Faut-il d'autres moyens? Certainement...

Accalmie? Le dernier communiqué de la Protection civile sur les accidents de la route remonte à samedi dernier. Il faisait état de 11 accidents de la circulation au niveau national ayant provoqué la mort de sept personnes tandis que 56 autres ont été blessées. Depuis, plus rien. Est-ce à dire qu'il n'y a eu aucun autre accident depuis? Pas si sûr! Passons, le problème n'est pas là. Les statistiques aussi effroyables soient-elles ne semblent pas avoir d'impact direct sur ce fléau. L'exposé des motifs du projet de loi sur l'organisation, la sécurité et la police de la circulation routière inscrit à la présente session du Parlement fait état de plus de 35 000 accidents en 2015. Pas loin de 100 accidents, en moyenne, chaque jour. C'est-à-dire que toutes les heures quatre accidents ont lieu. On y apprend également que plus de 4 600 personnes y ont laissé leur vie. Quant aux blessés leur nombre frôle les 56 000. Le problème est complexe. Il est humain. Social. Economique. Il est aussi planétaire. Chaque pays essaye d'endiguer le phénomène. Ce qui veut dire que le monde devra vivre avec cette plaie. Le zéro accident n'existe pas. Cependant, la lutte contre ce fléau devient plus difficile dès lors que les mesures qui donnent des résultats dans un pays donné ne sont pas forcément les plus indiquées ailleurs. Les populations se comportent différemment d'un pays à l'autre. Ce qui revient à dire que le copier-coller dans ce domaine est utopie. On peut introduire des équipements comme les radars (utiles), on peut appliquer les normes internationales en matière de signalisation routière (impératif), on peut instaurer les contrôles techniques périodiques en aval (en attendant l'amont), etc. Mais quand on se plaît à mettre en avant (par facilité?) «l'élément humain» comme première cause des accidents, agir sur ce qui se passe dans sa tête n'est pas simple. Nos campagnes de sensibilisations jouent la carte de l'émotion. Un enfant qui pleure ses parents victimes d'un accident c'est triste, mais l'effet dure le temps de l'image. Ceci même quand on a soi-même des enfants. Ce qui n'est pas évident pour la principale tranche d'âge (les plus jeunes) de ce fameux «élément humain». Une tranche d'âge, potentiellement, formée de célibataires. Alors que faire? Le gouvernement mise sur le permis à points prévu pour la fin de l'année. L'efficacité de cette mesure n'apparaîtra qu'après sa mise en oeuvre. Mais si l'on se réfère à la mesure des «retraits de permis» longtemps appliquée dans notre pays il y a de quoi être d'un optimisme «mesuré». Ceci dit, la recette miracle n'existe ni chez nous ni ailleurs dans le monde. Nous l'avons dit plus haut, chaque société possède ses propres «ressorts». Ce qui ne veut pas dire qu'il faille baisser les bras et verser dans le fatalisme. Parmi les sanctions prévues dans le projet de loi figure l'augmentation conséquente des amendes. C'est-à-dire la dissuasion par le «nerf de la guerre». En tapant dans le porte-monnaie des chauffards. Même s'il est hasardeux de s'avancer sur l'efficacité de la mesure et son impact sur les accidents, il est bon de rappeler que ces accidents ont un coût financier supporté par le Trésor public. 56 000 blessés ont bénéficié de soins en 2015. Combien parmi eux sont-ils devenus des handicapés? Ce sont des citoyens à part entière que la collectivité devra soutenir et accompagner dans leurs besoins spécifiques. Même si les amendes ne couvriront jamais de telles dépenses, elles réduisent quelque peu la charge. Nous en profitons pour ouvrir une autre brèche. Dans tous les pays du monde et notamment les plus avancés, les assurances pratiquent le bonus malus. C'est dire que leurs tarifs sont calculés à la hausse si l'assuré a causé un accident au cours de l'année écoulée. A l'inverse et si durant cette même période sa conduite a été irréprochable, une bonification lui est accordée. Chez nous cette formule ne semble pas intéresser nos assureurs. Ils préfèrent une autre formule. Pour vous faire bénéficier d'une réduction sur la prime d'assurance du véhicule ils vous proposent d'assurer concomitamment votre logement. Puisque les assureurs délaissent cette «niche», l'Etat peut l'utiliser pour faire face aux dépenses liées aux accidents de la route. En imposant une taxe supplémentaire (à prélever sur la facture d'assurance) aux automobilistes ayant été reconnus coupables d'un délit routier par la justice. La numérisation de l'état civil, des documents de justice, du permis de conduire, de la carte grise rendent l'opération, par croisement, très simple. Une sorte de «casier judiciaire» de la route. Avec une période probatoire à fixer selon la gravité du délit. Une telle taxe ne sera pas de trop non seulement pour stimuler le sens des responsabilités des automobilistes, mais aussi réduira les dépenses que l'Etat assure seul actuellement. Quoi qu'il en soit, tous les moyens sont bons pour faire reculer les accidents de la route. Pour ne plus assimiler la voiture à un «cercueil roulant».