Les non-dits sur les véhicules d'occasion

L'importation de ce type de voitures est décidée. Dans la rue on en parle beaucoup sans que personne n'en connaisse les détails. Il y a «à boire et à manger»...

Vieille marmite et bonne soupe. L'annonce, lundi dernier au forum d'El Moudjahid par le ministre du Commerce, Bakhti Belaïb, de la décision du gouvernement de lever l'interdiction de l'importation des véhicules d'occasion, a suscité de nombreuses réactions. C'est la deuxième fois que Belaïb évoque ce sujet. En mai dernier il avait déclaré que les «discussions (sur ce sujet) étaient en cours au gouvernement». L'info était passée presque inaperçue. Sans les réactions qui ont suivi la deuxième annonce du ministre. L'emballement du débat pourrait s'expliquer par la prise de décision gouvernementale. Par la différence entre ce qui n'était qu'une probabilité et qui devient une certitude. Encore que ce n'est pas tout à fait une certitude car il reste qu'un cahier des charges est en cours d'élaboration, toujours selon le ministre. Donc le dossier n'est pas totalement ficelé. Le gouvernement compte certainement sur le retour d'écoute pour arrêter les conditions. La première réaction est venue de l'Association des concessionnaires automobiles algériens (AC2A). Dans un communiqué publié dès le lendemain de l'annonce, mardi dernier, l'association plaide pour que le gouvernement lui confie complètement ce retour de l'importation des voitures d'occasion. Un recyclage du neuf vers «l'occas'». Là où il y a de l'argent, c'est toujours bon à prendre. Sauf que et même si les modalités ne sont pas connues, il paraît impossible que l'importation de l'occasion puisse suivre la même procédure que celle qui existe pour le neuf. La réduction de nos dépenses extérieures est plus que jamais nécessaire. Pas question de puiser sur nos réserves de changes. La décision du gouvernement ne peut logiquement être comprise que par le recours au financement privé. Sur fonds propres. Et même là il faut des garde-fous étanches pour éviter les transferts illicites de devises. Si l'on se réfère à la période d'avant l'interdiction de 2005, il s'agissait de l'importation par les particuliers. En général des Algériens établis à l'étranger. On voit mal comment ces dispositions pourraient aujourd'hui changer. D'autant et toujours logiquement, la décision du gouvernement ne peut être comprise que dans une phase transitoire. Le temps que la production nationale puisse répondre aux besoins du pays. Il y a déjà l'usine Renault d'Oran qui accélère sa cadence de production pour passer cette année de 25.000 à 35.000 véhicules. Il y a l'usine de Tiaret de l'homme d'affaires Mahieddine Tahkout en partenariat avec l'iranien «Saïpa» qui compte produire dans les tout prochains mois pas moins de 100.000 véhicules/an. Il y a le projet Peugeot, le projet Fiat avec l'homme d'affaires Mohamed Baïri, celui de Wolksvagen en partenariat avec Sovac, etc. Le tout, à l'horizon 2018, devrait faire passer la production nationale à 500.000 véhicules utilitaires/an. Ce qui revient à dire que la levée de l'interdiction d'importation des véhicules d'occasion n'est qu'une «soudure» (comme diraient nos agriculteurs) pour une ou deux années. Normalement pas de quoi emballer les concessionnaires membres de l'AC2A. Tout au plus intéresser nos compatriotes établis à l'étranger. Encore que la récession économique qu'ils vivent, notamment en Europe, réduit considérablement leurs capacités financières. Au vu de toutes ces considérations, le gouvernement ne peut que prêter une attention toute particulière au cahier des charges pour ne pas faire de cette «soudure» un «circuit des 24 h du Mans» au profit de la délinquance financière. Un milieu capable de transformer la ferraille en lingots d'or. Il n'en demeure pas moins qu'au-delà de ces risques, l'opération bien maîtrisée a des vertus. La première est de réguler le marché local de l'occasion qui affiche actuellement des prix supérieurs à ceux du neuf. Le seul effet de l'annonce de la décision par le ministre, lundi dernier, a entraîné une chute des prix sur les marchés de l'occasion. L'autre vertu est de rediriger les transferts de devises de nos compatriotes à l'étranger qui n'utilisent pas toujours les banques pour rapatrier leur argent. Ce qui, par voie de conséquences, agira, à la baisse, sur les «cours» et les transactions du marché informel. Enfin, il y a la conformité des véhicules d'occasion attestée par leur mise en circulation dans des pays très exigeants sur ce plan. Dans tous les cas de figure la prudence dans l'ouverture de ce créneau est de mise. Quand bien même il n'est d'aucune menace pour la production nationale qui dispose de l'atout majeur du crédit à la consommation. Au fait, notre Association nationale des consommateurs tarde à réagir. Il serait intéressant de connaître son point de vue face à celui des concessionnaires. Pour ne pas «rouler» à sens unique!