SONELGAZ "coupe" les mauvais payeurs

On ne «rase plus gratis». Des mairies sont actuellement plongées dans le noir. Jusqu'au paiement de leurs quittances d'électricité. Les dividendes de cette opération dépassent la relation commerciale. Elles touchent les transferts sociaux. Elles vont même plus loin!...

«Guerre sans merci!». Ces mots lancés par Nourredine Bouterfa, quelques jours seulement avant d'être nommé ministre de l'Energie et alors qu'il était encore P-DG de la Sonelgaz, traduisent sa colère, mais aussi sa détermination à récupérer l'argent de son entreprise. Son successeur à la tête de l'entreprise qui fournit l'électricité et le gaz, Mustapha Guitoni, semble être dans les mêmes dispositions. Quatre mairies de la wilaya de Boumerdès sont plongées dans le noir depuis mardi dernier pour non paiement des quittances. L'opération se poursuit au reste des mairies qui sont dans le même cas. Ces opérations ne sont pourtant pas les premières du genre. En juin dernier c'est à Constantine que la Sonelgaz a «sévi». Des mairies, des écoles, des cités universitaires ont connu le même sort pour les mêmes motifs. Et ce n'est qu'un début puisque toutes les wilayas du pays sont, peu ou prou, concernées. L'actuel P-DG nous apprend que le montant de ces créances au niveau national a atteint, au mois d'août dernier, 6400 milliards de centimes. Ce chiffre représente le double de ce qu'il était en 2008. Et tenez-vous bien, 55% de ces factures impayées sont celles du secteur public. Comment voulez-vous qu'avec un tel exemple le citoyen lambda ne soit pas encouragé dans cette voie? En procédant d'abord au recouvrement des créances du secteur public, la Sonelgaz prend assurément le problème par le bon «bout». Une fois cette phase achevée, les 45% restants représentant les abonnés privés seront moins difficiles à récupérer. En fait nous sommes en présence d'une situation qui stimule et favorise le «cancer» de l'économie informelle. Ne pas payer la facture d'électricité pour les uns est de la même veine que de ne pas payer ses impôts pour les seconds. Les deux se regroupent dans l'incivisme. En plus de montrer le mauvais exemple, ces organismes publics démontrent par là leur gestion empirique qui explique pas mal des échecs dans leurs missions. Comment comprendre et accepter qu'un maire ou un dirigeant d'entreprise ne paye pas les quittances d'électricité alors qu'il signe et honore avec le sourire la facture de sa belle voiture de service? Ceci dit, revenons aux créances de Sonelgaz dont la lecture apporte beaucoup d'enseignements. Dans la wilaya d'Alger 70% des créances impayées sont le fait d'entreprises et administrations publiques. Les ménages ne représentent que 30%. Ce sont là des statistiques accablantes quand on sait qu'il s'agit dans les deux cas de tarifs administrés. Au moment où le débat s'oriente vers la recherche des voies et moyens de mieux cibler les transferts sociaux, n'y a-t-il pas là matière à s'interroger? Par quoi peut-on justifier qu'une entreprise publique ou même privée ouvre droit à la subvention qui ne doit aller qu'aux nécessiteux? A la répercussion d'un tel ajustement sur la hausse des prix des produits finis? S'enfermer dans un tel raisonnement c'est admettre que la politique actuelle des subventions n'a pas d'alternative. Si au contraire et avec un peu d'audace, la vérité des prix était appliquée à cette catégorie de consommateurs que sont les entreprises publiques et privées ainsi que les administrations, on aura solutionné au moins la moitié du problème. Ce qui est valable pour l'électricité et le gaz l'est aussi pour les carburants. Les gestionnaires de ces structures seraient poussés à plus de performances pour ne pas être obligés de rogner sur leurs frais de réception et autres frais de confort. Dans la foulée, la distribution de l'eau potable devrait suivre le même cheminement en matière de tarification et de recouvrement. Ce sont deux «niches» qui réduiront considérablement la part des transferts sociaux qui s'opèrent sans distinction aucune. Pour ensuite se diriger paisiblement vers l'aide aux plus démunis. Car et en définitive, la justice sociale qui est une de nos valeurs fondamentales inscrite dans la Déclaration du 1er Novembre 1954 ne doit pas être confondue avec l'assistanat. Ce sont deux notions complètement différentes. Prendre conscience de leurs répercussions sur le plan sociologique est en soi un grand pas pour réhabiliter le mérite du travail et de l'effort. C'est réapprendre aux citoyens le sens de la responsabilité. Pour, enfin, leur permettre de participer pleinement à l'effort de reconstruction du pays et à son développement durable. Au final, ce que nous apprennent ces coupures d'électricité pour non paiement opérées par la Sonelgaz c'est que le «ver se trouve dans le fruit». Dans les rouages de l'Etat. Aussi vrai que le nettoyage des escaliers doit toujours commencer par le haut, il est plus que salutaire de poursuivre dans cette même direction l'opération en cours. Et pour plus d'efficacité la faire suivre d'une communication bien élaborée. Du noir peut jaillir...la lumière!