Samira TV ou la "recette" du succès

En général, les femmes ont horreur des hommes qui «mettent le nez» dans leurs marmites. Pourtant, c'est ce que nous faisons cette semaine. L'idée nous est venue de Rome et d'Oran. Visite intéressante!...

Ingrédients. S'il est une télé algérienne qui ne semble pas avoir de problèmes financiers c'est bien la chaîne Samira TV. Pourquoi? l'audimat bien sûr! Oui, mais comment expliquer son succès? Elle répond à une forte demande télévisuelle en se dédiant presque exclusivement à la cuisine. Presque, car elle diffuse également et accessoirement, des émissions de couture, de broderie et de petite décoration d'intérieur. La chaîne a ainsi réussi à capter et fidéliser la moitié de la population algérienne. C'est-à-dire les femmes. Voyant son succès, deux autres télés privées algériennes se sont lancées dans le créneau. Ennahar Laki et Benna TV du groupe Echourouk. Pas de quoi inquiéter Samira TV qui avait deux années d'avance et un design plus attrayant. Les foyers algériens conquis il était naturel que les annonceurs allaient se bousculer devant la porte de la chaîne. Avant de continuer, il faudrait vous expliquer le choix de ce sujet. Cette semaine, deux événements culinaires ont eu lieu. Le premier à Rome où un Algérien, Mourad Beghoura, âgé de 33 ans, s'est classé 3ème dans un concours international de pizza. L'autre, un concours de la meilleure boulangère rurale, s'est déroulé à Oran, lundi dernier. Il a réuni quinze participantes âgées de 68 à 90 ans. C'est aujourd'hui que doit avoir lieu la remise des prix. La particularité de ces deux événements et le succès remarquable de la chaîne Samira TV entraînent forcément à se poser la question du rapport de l'Algérien avec la cuisine. Entre la jeunesse des pizzaiolo (c'est ainsi qu'on les appelle) qui représentent la restauration rapide, l'âge avancé de nos boulangères rurales de «Khobz eddar» et le succès des recettes diverses et variées de Samira TV, des questionnements sont inévitables. Notre histoire culinaire révèle que nous sommes très grands consommateurs de céréales. Nos recettes traditionnelles sont quasiment toutes à base de blés et de viandes. Très peu de légumes. Un peu dans le couscous, les «mhedjeb» et la chorba, rien dans le méchoui et le «m'touem». Rien dans le «bouzelouf» qui est, d'ailleurs, en voie de disparition avec la «douara». Des abats que nos jeunes ne supportent pas. Ajoutons pour être complet les plats sucrés faits de raisins secs et de pruneaux. Le tour de la «nomenclature» est vite bouclé. C'est le rôle de nos sociologues de s'emparer de ce patrimoine culinaire, assez réduit, pour alimenter (sans jeu de mots) l'écriture de notre histoire d'avant l'indépendance. Quant à nous, nous nous contenterons du présent qui, demain, fera partie de l'histoire pour les futures générations. Tout le monde aura compris que le succès de Samira TV est lié au vide qu'elle a intelligemment comblé. Pour ce faire et au-delà de la cuisine maghrébine, la chaîne fait appel à la gastronomie moyen-orientale et a pour projet d'inclure l'art culinaire d'autres pays du monde. C'est une chaîne qui a beaucoup d'atouts. Le CV de sa fondatrice, Mme Samira Benzaouia, est éloquent. Diplôme universitaire en économie financière complété par une formation au Canada sur l'audiovisuel, cinq années d'expérience passées à l'Entv et un passage (qui dure depuis 12 années) par l'édition de livres, essentiellement de recettes de cuisine. Elle est aidée par son mari, Yacine Sadek, qui a en charge la direction. Bref, la chaîne réunit tous les ingrédients pour une ascension garantie. A ce tableau idyllique nous apporterons, cependant, quelques remarques d'intérêt général. D'abord sur la publicité qui «pleut» sur la chaîne. Lorsqu'elle se décline sous la forme d'une boîte de margarine ou d'une bouteille d'huile posée sur le plan de travail avec la marque bien mise en évidence face à l'objectif de la caméra, la recette proposée perd de sa «crédibilité». A la limite cela ne nous regarde pas. Par contre, pour l'hygiène si! Des cuisinières et des cuisiniers sans couvre-chef ce n'est pas tout à fait conforme aux règles. Sachant que l'être humain perd naturellement chaque jour entre 5 et 100 cheveux, il vaut mieux éviter qu'on les retrouve dans la marmite. On en a relevé quelques cas. Comme on a relevé que certaines cuisinières travaillent avec des bagues aux doigts. Les incrustations de ces bijoux et notamment leurs sertis sont de véritables foyers de microbes. Ceci pour parfaire le message télévisuel envoyé à nos concitoyennes. De petits détails peut-être, mais à grande portée en termes de santé publique. Ceci dit, la chaîne a droit à tous nos encouragements. Non sans terminer avec la frustration de ne pas voir dans la programmation des émissions sur l'art de la table. La disposition des couverts, le mariage des couleurs, le maintien à table, la mastication sans indisposer le vis-à-vis, etc...Et surtout éviter les fleurs en plastique pour décorer une salle à manger. Plein succès à ce support qui apporte beaucoup à nos jeunes ménages!