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Le 11 décembre 1960, De Gaulle avait "compris"

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Ben M'hidi avait prévu le 11 décembre 1960. Le peuple algérien a, ce jour-là, «porté la révolution». Aujourd'hui, des pieds-noirs devenus historiens, remontent à 3000 ans pour falsifier davantage notre histoire. Comment les contrer? Un historien allemand en parle...

Point d'ordre. Dimanche prochain nous célébrerons le 56ème anniversaire des manifestations populaires qui ont eu lieu le 11 décembre 1960 en Algérie. Le jour où les Algériens ont crié leur unité et leur soif de liberté à la face du président français, De Gaulle, qui était venu dans le pays envahi, 130 ans auparavant, par ses ancêtres. Il n'ignorait rien de l'histoire de cette colonisation. Il savait que l'expédition avait été montée en faisant croire au roi Charles X, menacé de perdre son trône, qu'il y gagnerait sur un double plan. D'abord, se prémunir des forces militaires en les éloignant de l'Hexagone et ensuite, se servir de leur victoire pour mieux asseoir son autorité. Mais lorsque la révolution de juillet éclate à Paris en juillet 1830, il s'aperçoit qu'il a été dupé et pris de panique fuit Paris pour mourir en exil en Slovénie 6 années plus tard. En Algérie, les militaires français s'en donnent à coeur joie. Ils pillent le trésor d'Alger, saccagent tout sur leur passage. Les militaires français sur le sol algérien n'avaient plus aucune relation avec les intérêts de Paris. Face à la résistance algérienne, les chefs militaires français agissaient en mercenaires. Ils ne dépendaient plus de Paris. Cette situation était loin d'étonner les observateurs puisque la France vivait ainsi dans l'incertitude des lendemains depuis la révolution de 1789. De Gaulle connaissait cette histoire qui a vu l'expédition se transformer en colonisation de peuplement encouragée par des vagues d'immigrants étrangers venus de différents pays. A cette deuxième étape programmée, succéda l'annexion pure et simple du territoire algérien en départements français. Dans tout ce processus, la France n'a été que le bras armé d'une conquête qui ne lui a jamais profité. De Gaulle savait tout cela. Lorsqu'il prit le pouvoir en 1958 et lança son fameux «Je vous ai compris» à l'adresse des colons, il était le seul à en connaître le vrai sens. Celui de décrocher le boulet que traînait son pays depuis 1830 et qui risquait de l'entraîner à sa perte. Pour ce faire il voulait agir en position de force. Il lança des opérations militaires en y mettant toute la puissance de feu de la France contre l'ALN. Il confia cette mission au général Challe. En septembre 1959 et pensant que Challe avait réussi sa mission, il proposa l'autodétermination aux «habitants» de l'Algérie. C'était son concept «d'Algérie algérienne». Les Algériens et les colons pouvaient continuer à s'entre-tuer après le retrait de la France. Son voyage en décembre 1960 à travers l'Algérie avait pour but de tester la faisabilité de son projet. D'autant que l'ONU qui avait inscrit la «question algérienne» à son ordre du jour devait en délibérer une semaine plus tard soit le 19 décembre 1960. Cette concordance de calendrier n'a pas échappé aux Algériens qui ont décidé de répondre et à De Gaulle et à la communauté internationale. C'est dans cet objectif que s'inscrivent les manifestations du 11 décembre 1960 d'une population martyrisée depuis un siècle et demi et éprouvée par une guerre de six années. Plus déterminés que jamais, les manifestants sont sortis dans la rue pour dire au monde entier réuni à Manhattan que les Algériens étaient tous unis derrière le GPRA et le FLN. Devant l'ampleur et la détermination du peuple dont les échos sont parvenus à l'ONU, De Gaulle n'avait d'autre choix que d'abandonner son projet de la troisième voie et rentrer en France pour organiser aussitôt, le 8 janvier 1961, le référendum sur l'autodétermination. Les Français de métropole disent «Oui» à 76%. Ce qui confirme le désintérêt de la France depuis 1830. Les Français d'Algérie créent aussitôt l'OAS soit le 11 février 1961. En réalité c'était «la main rouge» qui changeait de nom. Ce qui rendit la fin de la guerre d'Algérie encore plus meurtrière et conduisit les colons à quitter massivement le pays. La nostalgie ne les a plus jamais quittés. A ce jour. C'est cette histoire que certains milieux en France tentent de falsifier par divers moyens. En proposant d'écrire en commun l'histoire de la guerre d'Algérie. Le bourreau et la victime. En inondant le marché de livres focalisés sur l'organisation interne du FLN, de l'ALN et du GPRA. En recrutant des Algériens de service comme relais, pour faire porter leur message, une fois découverts. Aujourd'hui ils passent à une autre phase qui est celle de réécrire l'histoire de l'Algérie depuis 3000 ans. Pour la falsifier davantage. Pour en témoigner nous laissons la parole à l'historien allemand, Hartmut Elsenhans, qui a donné une conférence dans notre pays en novembre dernier. «Les chercheurs algériens gagneraient à apporter leur contribution à la décolonisation de l'historiographie de la Guerre d'Algérie... l'approche française peut être résumée à l'historiographie événementielle (et) le regret des occasions manquées.» Tout est dit!

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