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Israël a peur de la Suède

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Une femme fait trembler l'Etat hébreu. Elle est suédoise. Elle est ministre des AE. Son programme aujourd'hui prévoit une visite en Israël. Netanyahu refuse de la recevoir. Il interdit à ses ministres de la rencontrer. Un cas unique dans les annales de la diplomatie. Voici pourquoi...

Ombres et lumière. La ministre des Affaires étrangères de Suède, Margot Wallström, est en visite au Moyen-Orient. Hier, elle était à Ramallah où elle a été reçue par le président palestinien, Mahmoud Abbas. Sa tournée doit se poursuivre aujourd'hui en Israël. Cependant, le Premier ministre, Benyamin Netanyahu, a décidé de ne pas la recevoir et a interdit à tous les officiels israéliens de le faire. La ministre suédoise devient de ce fait persona non grata en Israël. C'est une situation inédite dans les relations entre des pays qui échangent, pourtant, des représentations diplomatiques. Avant d'aborder les raisons de ce voyage voyons comment et pourquoi on en est arrivé à une telle situation? Depuis son arrivée, en octobre 2014, au ministère suédois des Affaires étrangères, Margot Wallström, n'a jamais accepté d'être bâillonnée par la pensée unique occidentale s'agissant du conflit israélo-palestinien. Le 30 octobre 2014, elle a annoncé que son pays reconnaissait l'Etat de Palestine. Ce fut le premier pays d'Europe après le Portugal et le Vatican à reconnaître la solution de «deux Etats». Ce qui fera tache d'huile en Europe. Beaucoup d'autres pays du Vieux Continent suivront l'exemple suédois par la suite. Pour rappel, actuellement, pas moins de 135 pays ont reconnu l'Etat de Palestine. Pour rappel également, la proclamation de l'Etat palestinien a eu lieu à Alger le 15 novembre 1988 et le premier pays à l'avoir reconnu est l'Algérie. La position suédoise sur ce dossier n'a pas été du goût, mais alors pas du tout, des dirigeants israéliens. En réalité, Wallström ne s'est jamais départie de ses convictions puisqu'elle n'a pas pris de gants pour faire le lien de cause à effet entre les attentats de Paris en novembre 2015 et le conflit israélo-palestinien. Ce qui commençait à agacer sérieusement Tel-Aviv. Poursuivant sa diplomatie décomplexée, la ministre suédoise a demandé quelques jours plus tard «l'ouverture d'une enquête sur les exécutions extrajudiciaires des Palestiniens par Israël». Il s'agissait des Palestiniens accusés d'attentats au couteau et à la voiture bélier et qui étaient systématiquement exécutés sommairement sur place. Sans autre forme de procès. En somme des assassinats commis par un Etat terroriste. Surpris par ce ton inhabituel dans le camp de ses alliés occidentaux, Netanyahu n'a rien trouvé de mieux que de qualifier la demande suédoise de «délire». Dans la précipitation et comme à son habitude, l'Etat sioniste a cherché dans l'environnement immédiat de la ministre suédoise le moyen de la «museler». Le résultat a plutôt été piètre car cela s'est traduit par l'ouverture, en février 2016, «d'une information judiciaire» décidée par le parquet suédois sur «l'appartement à loyer plafonné» que la ministre aurait obtenu plus rapidement que la normale. Réaction de Margot Wallström; «Je n'ai rien à cacher. L'enquête ne me dérange nullement.» Admirable solidité d'une femme à convictions. Tellement solide qu'elle fait peur à Netanyahu au point de refuser de la recevoir et encore moins de laisser ses subordonnés l'affronter. Il faut, pour mieux comprendre, ajouter qu'entre Israël et la Suède existe un lourd passif qui remonte loin dans l'histoire. Avant d'être ministre, Wallström était représentante spéciale du secrétaire des Nations unies. Un de ses illustres compatriotes, le Comte de Bernadotte, l'avait précédée à l'ONU où il fut désigné, en 1948, médiateur dans le conflit qu'on appelait à l'époque «conflit israélo-arabe». Il fut assassiné ainsi que d'autres membres de sa délégation, dans une embuscade tendue à Jérusalem par un groupe de terroristes du célèbre «groupe Stern» que dirigeait Yitzhak Shamir qui fut, plus tard, Premier ministre israélien. La Suède a eu une autre personnalité tout aussi prestigieuse en la personne de l'ancien Premier ministre Olof Palme. Il avait une longue carrière politique marquée par ses positions contre l'apartheid, contre la guerre au Vietnam et par son soutien à la cause palestinienne. Il fut assassiné à Stockholm en février 1988 alors qu'il sortait du cinéma en compagnie de sa femme. Le ou les auteurs se sont évanouis avec leur secret dans la nuit. Ce qui laisse ouvertes toutes les hypothèses. Revenons à Margot Wallström et son voyage pour rencontrer les dirigeants palestiniens et israéliens. Elle tenait à les écouter et se faire une idée sur les intentions des uns et des autres. Cela fait partie de son travail préparatoire vu que son pays occupera la présidence du Conseil de sécurité de l'ONU à partir du 1er janvier prochain. Entre l'accueil chaleureux des Palestiniens et la porte fermée des Israéliens, les intentions des deux parties sont claires. La peur d'Israël est de voir s'exprimer la solidarité des pays d'Europe avec la Suède. Dans un sursaut de dignité!

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