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Tour du monde des retraites

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Verser aujourd'hui une pension à un retraité de moins de 60 ans c'est comme les «bénéfices» des entreprises publiques déficitaires distribués dans les années 1980. Dans les pays où la démagogie n'a pas de place, la retraite est pensée scientifiquement. Nous sommes allés les voir...

Feu de tout bois. On aura beau chercher à travers la planète tout entière, on ne trouvera aucun pays où la paresse est érigée en droit. Certains milieux dans notre pays n'hésitent pourtant pas à enfourcher cette tare. Mieux, ils croient pouvoir convaincre que plus de vacances et moins de temps de travail sont des avancées que les autres peuples n'ont pas encore eu «l'intelligence» de découvrir. On a pu le constater avec les dernières vacances scolaires d'hiver jugées trop courtes par ces «éminences grises». On le constate encore avec leur persistance à considérer que l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans est inacceptable et qu'il devrait être revu à la baisse. Alors nous avons décidé de parcourir tous les systèmes de retraite en vigueur à travers le monde pour mieux comprendre. Nous avons commencé par les pays les plus avancés et qui nous sont, géographiquement, plus proches. En Suisse il est de 65 ans. En Angleterre aussi. En Finlande, en Autriche, en Belgique, au Danemark, en Espagne, au Pays-Bas, tous ces pays l'ont fixé à 65 ans. On ne peut, quand même pas, les soupçonner d'être indigents de la «citrouille». La Suède qui est connue pour avoir la meilleure protection sociale au monde pousse cet âge jusqu'à 67 ans. La Norvège va plus loin avec ses départs à la retraite à...75 ans. Oui, vous avez bien lu, 75 ans. De quoi nous obliger à rassembler tous nos neurones pour tenter de comprendre pourquoi ce qui est bien pour eux ne le serait-il pas pour nous. Car même à 60 ans comme cela vient d'être approuvé par le Parlement, nous restons bien en deçà de ces pays dont on ne peut pas dire qu'ils ne sont pas développés. En fait, le mécanisme de la retraite s'articule autour de données fondamentales. La croissance démographique, l'espérance de vie et le taux de la population active. Plus le taux de fécondité d'un pays est élevé plus la prise en charge de ses vieilles personnes est facilitée. En général car d'autres facteurs entrent en considération. L'indice de l'espérance de vie est une variable avec laquelle s'obtient le niveau nécessaire à un équilibre financier des institutions de la protection sociale (couverture médicale et pension de retraite, notamment). Le taux de fécondité peut-être différent d'un pays à l'autre, il ne suffit cependant pas à lui seul. De plus, le taux de fécondité d'une population est différent selon son nombre. Il y a aussi le taux de mortalité. Bref, tous ces détails convergent vers le seul objectif de pouvoir assurer le versement des pensions de retraite en puisant sur les seules cotisations des salariés en activité. C'est là que se situe l'équilibre à atteindre. Chez nous, il y a près de 2 millions de retraités dont plus de la moitié l'ont été avant l'âge de 60 ans. Le DG de la sécurité sociale au ministère du Travail, Djawad Bourkaïb, nous apprend que «la CNR verse chaque année l'équivalent de 6 millions d'euros sous forme de pensions» aux retraités et ayants droit. La moitié de cette somme est versée aux retraites anticipées. C'est-à-dire avant l'âge de 60 ans. Et c'est là où le «principe de solidarité intergénérationnelle» est mis à mal. Quand on part en retraite à 45 ou 50 ans et que l'on vit jusqu'à 75 ans, c'est tout simplement 25 ou 30 ans de pensions versées. Un puits sans fond. Et surtout injuste. Car plus de retraités c'est moins de cotisations qui serviront aux pensions des générations suivantes. Tout au long de ces lignes nous avons voulu être méticuleux pour convaincre. Les milieux qui font du «commerce politique» pour faire croire que la retraite avant l'âge de 60 ans est un droit, ne se donnent pas la peine d'aller au fond du problème. Ils font du populisme qui consiste à caresser l'opinion dans le sens du poil. A lui faire miroiter des «profits» qui nous rappellent étrangement ces distributions de «bénéfices» d'entreprises déficitaires dans les années 1980. Tout le monde sait où cela nous a menés. Pour faire simple et court, la retraite anticipée (avant l'âge de 60 ans) a été instaurée à l'époque du FMI et de la fermeture en série de nos entreprises. Aujourd'hui c'est nous qui sommes les créanciers du FMI et nous n'arrêtons pas d'ouvrir de nouvelles entreprises. Donc la situation est totalement inversée. Seule fausse note au tableau, l'économie informelle avec ses salariés non déclarés. C'est-à-dire des cotisations en moins dans l'immédiat et plus tard des vieilles personnes sans droit à la retraite. C'est ce point que devraient débattre ceux qui prétendent défendre les droits des travailleurs et des retraités. Et surtout avancer des solutions. Sans grands espoirs. Comme jeter une bouteille à la mer. Les exemples que nous avons collectés plus haut devraient suffire au commun des mortels, sans être expert, pour comprendre l'intérêt de ne pas raccourcir l'âge de départ à la retraite. Il y va du versement des pensions des retraités d'aujourd'hui et des générations futures!

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