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L'importation de livres et ses garde-fous

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On ne badine pas avec la mémoire collective. Sa protection et son rayonnement relèvent des missions de l'Etat. Un décret vient d'être publié. C'est le début d'un processus. La prochaine étape devrait être...

Filtre. «Dar Khali Moh», c'est fini! Le dernier Journal officiel publie le décret exécutif N° 17-19 qui fixe les modalités d'importation des livres avant leur distribution en Algérie. Une attention particulière est apportée pour «les livres qui traitent du Mouvement national et de la Révolution nationale». Le livre, cette «nourriture de l'esprit»? est enfin réglementé pour le plus grand bien du consommateur algérien. Les auteurs de livres sur notre histoire pullulent à l'étranger. Parmi ces auteurs il y a les honnêtes et compétents comme il y a des spécialistes de la falsification. Ce sont surtout ces derniers qui bénéficient de tapage médiatique, dans leurs pays, sous forme de promotion, relayés par différents supports des technologies de l'information et de la communication (chaînes satellitaires et autres). Il faut reconnaître que ces tapages médiatiques sont bien orchestrés. Avec le décor somptueux à la clé et bien sûr des prix sonnants et trébuchants à même de «stériliser» les consciences et les désinhiber de leurs derniers scrupules d'éthique et de morale. Le seul critère pour décrocher le «pompon» est de s'aligner sur la ligne éditoriale (non écrite) dictée par les organisateurs. Parmi les lauréats, il y a les étrangers bien sûr mais aussi des Algériens qui, poussés par cette «consécration», n'hésitent pas à vendre leur âme au diable. Et, dans la foulée, leur pays et leur peuple. Il suffit de parcourir les prix attribués à l'étranger, depuis toujours, aux livres traitants de sujets liés à notre histoire, notre culture ou même notre actualité politique et économique, pour se convaincre du lien qui les unit. N'est primé que le livre qui «tape» sur notre pays. Jamais au grand jamais, un livre objectivement positif sur l'Algérie n'a eu les faveurs des jurys des prix en question. Ils ne sont d'ailleurs et tout simplement même pas édités par les maisons qui délivrent le «visa» de participation à tel ou tel prix. Il n'y a aucune médisance à le dire. Que celui qui démontre le contraire s'avance. Au final, c'est une situation qui ne peut être que «de bonne guerre». Il est clair que par pays étrangers il faut entendre la France. Un peu moins la Belgique ou la Suisse. Les livres ciblés par le décret sont écrits en français qui est la langue accessible au consommateur algérien. Il ne viendrait à l'esprit d'aucun importateur de porter son choix sur un livre écrit en allemand ou en anglais. Fiasco commercial garanti. Echec de la propagande aussi. Ceci dit, le décret qui vient d'être publié soumet de manière générale «l'importation du livre...à la procédure de dépôt de la liste des titres auprès des services du ministère de la Culture avant leur distribution». Laquelle liste, aux indications mentionnées, est examinée dans un délai de 30 jours. De manière plus particulière «les livres qui traitent des questions du Mouvement national et de la révolution algérienne» doivent, en plus de la liste, être fournis en deux exemplaires qui sont «systématiquement soumis à la lecture du contenu». Deux avis sont nécessaires. Celui de la culture et celui du ministère des Moudjahiddine. Tout le monde aura remarqué que les livres traitant de la révolution algérienne sont légion outre-mer. Tous sont axés sur le fonctionnement interne de la révolution. Pour le noircir à l'envi. Pour tous ces livres, le véritable combat de la révolution algérienne, qui avait pour objectif l'indépendance de l'Algérie, est totalement occulté. Aucune trace des méfaits du colonialisme contre qui la lutte était menée. C'est Ali qui ne s'entendait pas avec Ahmed. C'est Ahmed qui cherchait à évincer Ali. Même si l'histoire d'un pays doit comporter tous les aspects, s'échiner à faire de la guerre de libération uniquement une lutte fratricide est, intellectuellement, indigne. Quant à cette distinction inscrite au décret, entre le «Mouvement national» et la «révolution algérienne», il s'agit d'élargir, dans le temps, le droit de regard sur ce qui s'écrit tout au long de la résistance algérienne contre l'occupant. De Hamdan Khodja à Messali Hadj. Il n'aurait, cependant, pas été inutile d'étendre les dispositions du décret à la nuit des temps sachant que la falsification, elle, n'a pas de limite. Quoiqu'il en soit, le nouveau texte, au-delà de la protection mémorielle de toute la nation, ouvre une voie royale à nos historiens. Ils sont nombreux dans nos universités à plancher sur l'histoire de l'Algérie. Pourtant, l'écriture algérienne de cette histoire demande à se développer. Le ministère de la Culture devrait accorder la priorité absolue pour encourager et promouvoir leurs écrits. Par des facilitations comme la traduction et l'exportation. Par la dotation, par exemple, de nos représentations diplomatiques à l'étranger de bibliothèques alimentées par la production nationale. Par la création de prix littéraires, etc. Le décret donne le «coup d'envoi». Il ne faut surtout pas s'arrêter en si bon chemin!

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