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Les Algériens boycottent la banane

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Les réseaux sociaux se sont emparés de la banane. Elle flambe à 650 DA/ kg. Les internautes appellent au boycott de ce fruit. C'est une première en Algérie. Depuis les fameux «cartons» de banane des années 1980...

Autres temps. La banane «flambée» est une recette en gastronomie. Le chef de cuisine qui l'a inventée était loin de se douter que ce fruit pouvait réellement un jour «flamber» par son prix. C'est le cas, ces jours-ci, sur nos marchés. De 100 DA/kg, le prix de la banane est passé à 650 DA/kg. Pourquoi? Nos recettes pétrolières ayant baissé, comme chacun le sait, il était normal que les autorités revoient de plus près la liste des produits que nous importons. Il se trouve que la banane occupait un chapitre important dans nos dépenses en devises. Il fallait donc, impérativement, arrêter la saignée. D'autant que ce n'est pas un produit indispensable à la vie comme le blé ou le lait. Réaction au «quart de tour», les contrebandiers ont pris le relais des importateurs. Depuis peu, la banane n'arrive plus par nos ports, mais par les chemins sinueux de la contrebande. Par nos frontières avec la Tunisie. Récemment, la direction régionale des douanes de Ouargla a annoncé la saisie, sur l'axe routier reliant El Oued et Biskra, de cartons de banane de contrebande destinés à être écoulés sur nos marchés. Ce qui confirme le passage, de ce fruit, du formel à l'informel. Ce qui explique aussi la brusque augmentation de son prix. Peu importe, comme le disent certains, que des importateurs disposaient de stocks qu'ils écoulent à la faveur de cette remontée des prix. L'important est ailleurs. Il est dans la saine réaction des consommateurs algériens qui, via les réseaux sociaux, ont décidé de boycotter la banane. Sous le slogan «Khelih Yet'poura!» (Laisse-le pourrir), ils ajoutent «c'est le consommateur qui fixe le prix, pas la mafia». Le tout avec une belle image de bananes noircies sur les étals. Bravo à nos internautes! Leurs commentaires sont divers. Nous en citerons quelques-uns: «Boycottez, les prix finiront pas baisser!». Ou encore: «On ne va pas mourir de faim les amis, juste il faut être solidaires.» Encore un autre exemple: «Mon ventre c'est moi qui le commande, pas lui!». C'est ce qui s'appelle un haut niveau de conscience que les contrebandiers n'avaient, très certainement pas, prévu. Les trafiquants ont dû rester sur l'image du consommateur algérien des années 1980. C'était l'époque du fameux PAP (plan anti-pénurie) qui consistait à importer tous azimuts pour remplir les étals des grandes surfaces laissées vides par le régime socialiste qui prévalait. Les mêmes images que l'on pouvait voir à Cuba ou, plus récemment au Venezuela. Dès les premiers arrivages de bananes dans les supermarchés d'Etat qu'on appelait «Souk El Fellah», c'était la ruée. La vente ne se faisait pas au kilo, mais par carton entier. Quelle fierté que d'arriver au quartier avec «son» carton de bananes! C'était un signe extérieur de richesse. De «bras longs» aussi car la queue qui s'étalait à l'infini ne laissait aucune chance à ceux qui ne connaissaient pas un agent du «Souk El Fellah». Au point où il se disait qu'il était préférable d'avoir dans ses relations un de ces agents plutôt qu'un ministre. Pour être complet, il faut dire que la banane n'avait pas le monopole de l'engouement. Les appareils électroménagers, principalement les téléviseurs, les réfrigérateurs et les cuisinières. Surtout pas les machines à laver car il n'y avait pas d'eau dans les foyers. On mangeait de la banane jusqu'à s'étouffer sans pouvoir se laver les mains après. Ni avant d'ailleurs. C'est sur ce schéma que les contrebandiers ont dû faire leur «business plan». Ils ne se sont pas rendu compte que l'Algérien a évolué. Que le nombre d'universitaires a été multiplié à l'infini. Que l'Algérien n'est plus ce «gosier» qui avait la hantise des pénuries de toutes sortes. Au point de ne pas hésiter à faire la chaîne dès qu'il en voit une. Peu importe ce qui se vendait. D'ailleurs, une séquence authentique, à ce sujet, mérite d'être rappelée aux plus jeunes. Il y eut, toujours à la même époque, un arrivage de morue. «Badjidj» dans le langage populaire. Comme tout poisson séché, il était vendu recouvert de sel. Il se trouve que ce n'était pas un produit qui faisait partie de nos recettes culinaires. La ruée eut lieu malgré tout. Puis, très peu de temps après elle cessa. Les étals de morue n'attiraient plus personne. Renseignements pris, beaucoup l'avaient fait cuire avec son sel. On vous laisse deviner le goût qu'il pouvait avoir dans l'assiette. Immangeable! C'était il y a près d'un demi-siècle. C'est sur ces vieux «logiciels» que travaillent les contrebandiers. Le boycott sur les réseaux sociaux (qui n'existaient pas non plus) doit les avoir surpris. Il faut tout faire pour promouvoir ce type de boycott et faire plier ceux qui croient que nous «réfléchissons avec le ventre»!

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