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Des femmes vendent leur lait maternel

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De fausses idées ont eu raison de l'allaitement maternel. Les dégâts sont multiples. Cancer du sein, pour la mère. Diabète et maladies cardio-vasculaires, plus tard, pour le bébé. Les seuls à y gagner sont des affairistes. Un pays vient de leur interdire l'exportation du lait humain...

Misère noire. Depuis deux ans, une entreprise commercialise aux Etats-Unis du lait humain en poudre. Succès immédiat au prix de 200 dollars pour obtenir un litre et demi de lait. Des femmes qui ont adopté des enfants ainsi que des sportifs se jettent sur le produit. L'entreprise américaine à l'enseigne «Ambrosia Labs Ltd» dans l'Utah, a importé, annuellement, quelque 3000 litres congelés de ce lait qu'elle a transformé, ensuite, en poudre avant de le mettre en vente. Comme c'est une nouvelle activité qui n'est pas enregistrée officiellement, l'entreprise ne paie aucun droit de douane. 6000 litres en deux ans tout bénef. Son chiffre d'affaires est de 800.000 dollars pour 132.000 dollars dépensés. Achat, frais de conditionnement et de transport compris. Bénéfice 668.000 dollars. Une vraie mine d'or. Mais où se trouve-t-elle? On l'a appris cette semaine, lorsque le gouvernement cambodgien a décidé de suspendre l'exportation du lait maternel. Le Premier ministre cambodgien, Hun Sen, avait exigé que «des mesures immédiates soient prises pour empêcher l'achat et l'exportation du lait maternel» en ajoutant que «certes le Cambodge est pauvre et a des difficultés, mais pas au point de devoir vendre le lait maternel de ses mères». C'est bien, mais pourquoi avoir attendu deux ans? Il a fallu attendre que l'Unicef découvre la pratique et la dénonce. Elle s'est d'ailleurs félicitée de la décision du gouvernement. Mais comment et pourquoi l'entreprise américaine a choisi le Cambodge pour cette nouvelle activité? Le Premier ministre l'a dit, c'est un pays pauvre. Plus du tiers des 16 millions de Cambodgiens vivent sous le seuil de pauvreté. Voici quelques réactions de cambodgiennes: «Je tirais mon lait six jours par semaine ce qui me permettait de gagner entre 30.000 et 40.000 riel (7 à 9,50 euros) par jour en fonction de la quantité de lait», a expliqué à l'AFP Chea Sam, une mère de 30 ans, recrutée par l'entreprise américaine. «Je suis pauvre et la vente de mon lait maternel m'aidait beaucoup. Nous avons toutes pleuré quand l'entreprise nous a informées que l'activité s'arrêtait» a ajouté une autre. L'entreprise américaine se défend. Elle assure n'autoriser que «deux prélèvements par jour et exige que les mères donneuses aient un enfant de plus de
6 mois (délai d'allaitement recommandé par l'OMS)». Enfin, l'entreprise se dit convaincue de «contribuer ainsi à la lutte contre la pauvreté». Si ce n'est pas du cynisme...! Quant au succès de ce lait auprès des consommateurs américains, celui-ci s'explique par ses propriétés. «Le lait maternel favorise le développement sensoriel et cognitif et protège le nourrisson contre les maladies infectieuses et chroniques. L'allaitement exclusif au sein diminue la mortalité infantile imputable aux maladies courantes de l'enfance, comme les diarrhées ou les pneumonies, et il accélère la guérison en cas de maladie. Il contribue à la santé et au bien-être des mères, aide à espacer les naissances, réduit le risque de cancer ovarien ou mammaire, augmente les ressources de la famille et du pays» affirme l'OMS. De plus, ajoute-t-elle, «si chaque enfant était mis au sein dans l'heure qui suit la naissance, si on ne lui donnait que du lait maternel pendant les six premiers mois et si l'allaitement maternel était maintenu jusqu'à l'âge de deux ans, on sauverait près de 800.000 vies d'enfants chaque année». On comprend dès lors pourquoi le cancer du sein, par exemple, ne touche que les femmes. Presque jamais l'homme. On trouve une piste sur la mort subite chez les bébés. On sait ce qui favorise la masse graisseuse chez beaucoup de femmes après un accouchement. Pour toutes ces causes et d'autres que l'espace ne nous permet pas de mentionner, des pays comme l'Angleterre aident financièrement les mères qui allaitent leurs enfants. Le Québec aussi. Dans l'Etat de New-York, le biberon n'est autorisé dans les maternités que sur prescription médicale. Bref, le tout devrait donner à réfléchir à nos responsables chargés de la prévention sanitaire. Au lieu de croire bien faire en augmentant uniquement les dépenses de santé. Ou de chercher très loin les raisons de l'inquiétante multiplication de certaines pathologies. Une chose est sûre, beaucoup de profits se font sur le dos des malades et des Etats!

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