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La CNAS et les médecins complaisants

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«C'est un très bon médecin! Il prescrit plus de médicaments que les autres!». Qui n'a jamais entendu pareille ineptie? Le problème est qu'elle «saigne» la Cnas qui risque de «trépasser». En arrière-plan de cette fausse croyance se profilent des intérêts. Tout un réseau...

Patriotisme médical. La Cnas (Caisse nationale d'assurance sociale) est malade. Sans aucun jeu de mots. Elle souffre d'une «hémorragie financière». C'est le ministre du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale, Mohamed El-Ghazi, qui en a fait part, mardi dernier, à partir de Médéa où il était en visite. Il met en cause certains médecins qui ne se contentent pas de prescrire à leurs malades «les médicaments nécessaires et efficaces pour le traitement de la pathologie». Ils en rajoutent du superflu. Pourquoi? Comme leurs compétences ne sauraient être remises en cause, leurs ordonnances «allongées» ne peuvent être dues qu'à deux facteurs. La première peut avoir un lien avec une action de marketing. En effet et cela remonte à un temps immémorial, l'ordonnance qui contient le plus de médicaments fait du médecin qui l'a délivrée, aux yeux du malade et de ses proches, le meilleur praticien. Et si on y ajoute le bouche-à-oreille, cela débouche sur une «clientèle» (le mot patient a été ici volontairement remplacé) non négligeable pour le médecin «généreux». C'est une croyance populaire qui a la vie dure. Il n'en demeure pas moins que cette manière d'agir ne peut être imputable qu'aux médecins privés. Pas pour ceux qui exercent dans le secteur public. Ils bénéficient d'un salaire mensuel sans relation aucune avec le nombre de malades qu'ils ont traité. Le deuxième facteur touche les deux catégories de médecins. Privés et publics. En cherchant le mot juste nous n'avons trouvé que «l'influence» laissée par les délégués médicaux après leurs visites chez les médecins. Ils se donnent tellement de mal à convaincre le médecin des bienfaits uniques que procurent les médicaments de leurs laboratoires, qu'ils réussissent souvent leur «coup». Quelque fois même, ils agrémentent leurs baratins par des présents. Du plus petit cadeau (qui peut être un banal stylo par exemple) jusqu'à l'instrument médical (stéthoscope, tensiomètre, etc) ou un objet utile à la maison (thermomètre de bain ou carrément une horloge murale). Jusque-là il ne s'agit pas de corruption. Juste une manière de graver le nom du laboratoire dans l'esprit du médecin. Il arrive cependant que le cadeau soit plus onéreux. Cela dépend de la taille du laboratoire et de ses capacités financières, du profil du médecin ciblé et de la densité de malades qu'il reçoit. Dans cette catégorie on trouve généralement les «congrès». C'est-à-dire des invitations, totalement prises en charge évidemment, pour des séjours à l'étranger. Seuls ou en famille. C'est selon des paramètres là aussi. Dans un pays pas très loin ou au bout du monde. Toujours en fonction de certains paramètres. Et puis pour être complet, il faut ajouter qu'au profit des associations de médecins, tous les séminaires, conférences, journées d'étude, etc, sont totalement pris en charge par les laboratoires. Cela dépasse le sponsoring qui est une participation aux frais. On s'arrête là, car on risque de bifurquer sur les essais cliniques et là c'est du lourd. Ce n'est pas le sujet aujourd'hui. Restons avec les ordonnances fleuves. On disait donc que le ministre du Travail a poussé un cri de colère à Médéa. Mais étrangement et dans le même temps, il a «plaidé» pour que les médecins «privilégient l'option de l'économie de prescription de médicaments». C'est presque un synonyme de «suggérer». Croire qu'avec cette seule «recommandation» il sera entendu et suivi relève d'une sous-estimation de la profondeur du sujet. S'agissant d'une situation assez grave qui met en péril un organisme aussi indispensable que la Cnas, les moyens concrets pour arrêter «l'hémorragie» existent. La Cnas emploie des médecins. Ceux-ci sont en capacité de distinguer les ordonnances de complaisance. Surtout que l'outil informatique facilite une telle intervention sur l'ensemble du territoire national. Ensuite transmettre lesdites ordonnances au Conseil de l'ordre des médecins et au ministère de tutelle pour les médecins publics qui doivent prendre les mesures nécessaires. Dès que les médecins «complaisants» s'apercevront qu'un contrôle existe, ils redeviendront rigoureux au premier avertissement. Sinon, la sanction passera aux degrés supérieurs. Il est vrai qu'il faille tenir compte de l'esprit corporatiste qui règne dans cette profession. C'est d'ailleurs là que bute la solution au problème des erreurs médicales. Avec la subtilité de transformer l'erreur médicale en faute médicale moins condamnable. Sinon pas du tout condamnable. S'agissant de l'élimination des ordonnances fleuves, ou bien nous avons des médecins contrôleurs honnêtes comme nous le croyons et qui contrôleront sans parti pris leurs confrères pour sauver la Cnas et les assurés sociaux, ou alors fermer les yeux et laisser faire. En attendant la faillite de la caisse. Qui entraînera forcément celle des petits et moyens laboratoires!

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