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Un demi-milliard d'euros part en 5 mn

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Nous portons notre tourisme comme une blessure depuis des décennies. Comme une incapacité chronique. Nos voisins se frottent les mains. Nos douaniers viennent d'aggraver notre cas. Jugez-en!...

A quand le sursaut? Cette semaine, l'idée du sujet nous vient de notre ami et brillant confrère Walid Aït Saïd. Dans notre édition d'hier, il nous décrit le rush des touristes algériens en partance pour l'étranger aussitôt le Ramadhan terminé. Il a visité des voyagistes qui affichent déjà complet, nous dit-il, pour plusieurs destinations. La Turquie qui attire les accros algériens des «moussalsalate», qui pensent rencontrer sur les bords du Bosphore les héros de leurs feuilletons télés. L'addiction est plus forte que la peur du terrorisme qui n'épargne pas le pays d'Atatürk. Comme n'est toujours pas épargnée la Tunisie qui a, malgré tout, accueilli l'an passé près de 2 millions de touristes algériens et qui compte faire mieux cette saison. Elle vient d'ouvrir l'île de Djerba qui était interdite aux touristes non occidentaux y compris aux Tunisiens eux-mêmes. L'Egypte est une des autres destinations «à risques» qui ne font pas reculer nos compatriotes. La liste des destinations que dresse Walid avec les voyagistes est plus longue. On y trouve la traditionnelle Espagne. Le Maroc malgré ses tarifs onéreux. Et même la Croatie pour les «branchés» nous dit-il. Son «papier» nous fait ouvrir les yeux sur certaines de nos faiblesses dont la responsabilité est portée par tous nos ministres du Tourisme qui se sont succédé depuis des décennies. Qu'ont-ils fait de ce secteur? Quels sont leurs bilans? La réponse est malheureusement dans l'état des lieux du secteur. Lamentable. Des responsables qui n'ont même pas le droit de se réfugier dans des motifs liés aux mentalités ou à la pluralité des intervenants vu qu'aucun d'eux n'a pris en considération cette impuissance pour démissionner. L'histoire jugera. En attendant, nous n'avons que nos yeux pour pleurer devant ce gâchis inacceptable. Nous avons un pays qui possède naturellement un potentiel touristique identique aux pays qui tiennent le haut de l'affiche. Si nous ne recevons pas de touristes étrangers pour des considérations qui tiennent plus du diktat des lobbys, nous n'avons même pas le mérite d'offrir les meilleures conditions pour retenir nos touristes dans notre beau pays. A ce sujet, la confession des voyagistes rapportée par notre journaliste n'est qu'une douloureuse blessure que ressentent tous les Algériens conscients du gâchis. «Les touristes nationaux boudent la destination Algérie. Que leur offrons-nous? La saleté...a des prix exorbitants!» Lâchent sans ménagement les voyagistes questionnés par notre reporter. Ceci appelle au moins trois remarques. La première est liée aux millions d'Algériens qui passeront leurs vacances à l'étranger. Un manque à gagner incontestable pour notre économie. Ce sont des milliers d'emplois perdus. C'est toute une politique de développement local qui est hypothéquée. C'est aussi une perte d'attractivité pour plus d'investissements dans le secteur. La seconde remarque est cette impardonnable saignée de nos réserves de changes entraînée par le choix irrationnel de désertion du tourisme national. Un simple calcul donne une idée de l'ampleur de ce gaspillage intolérable. 2 millions de touristes pour la seule Tunisie. En réalité ce sont 4 millions d'Algériens qui iront «bronzer» ailleurs. C'est le nombre, arrêté au mois d'avril dernier, de passeports biométriques délivrés dans notre pays. 4 millions multipliés par 115 euros (allocation unitaire) cela donne près d'un demi-milliard d'euros prélevés, en moins de deux mois, sur nos (précieuses) réserves de changes. Et comme un malheur n'arrive jamais seul, ce sont nos services de douanes qui encouragent cette dérive. Comment? Chaque année à pareille époque et depuis un certain temps, les formalités de police et de douanes sont facilitées pour les voyageurs qui arrivent dans notre pays. C'est bien! Mais lorsqu'on élargit cette mesure au départ du pays vers l'étranger avec des formalités réduites à 5 minutes (comme viennent de claironner les douanes), cela relève, au mieux, de l'excès de zèle, au pire, de la mauvaise gestion. Un demi-milliard d'euros exportés en 5 minutes en ces temps où nous surveillons nos réserves de changes en nous tenant le ventre, comment voulez-vous ne pas être inquiets? Réfléchissons 5 minutes. C'est bien de faciliter la vie à ceux qui viennent nous rendre visite et dépenser quelques devises au pays. Quoique...Mais c'est toute autre chose que d'accorder les mêmes facilités à ceux qui partent de chez nous dépenser leurs devises à l'étranger. Faut-il être un génie pour comprendre cette différence basique? Pour terminer sur une note positive, ce rush de nos vacanciers signalé chez les voyagistes prouve que le pouvoir d'achat des Algériens se porte bien. Et par voie de conséquence, cela veut dire aussi que notre économie résiste bien!

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