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Cheb Khaled et l'espion "journaliste"

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Le Roi du raï était, cette semaine, en tournée dans son pays, l'Algérie. A l'aéroport d'Alger, un Algérien vient d'être arrêté pour espionnage. Quel lien entre ces deux sujets? Suivez-nous!...

Charnières. Ces deux événements qui ont eu lieu presque en même temps ont un lien, même s'il n'est pas apparent à première vue. Commençons par le retour de cheb Khaled sur la scène algérienne. Après une absence de près de trois années, il s'est produit au festival de Timgad. Ensuite à Oran et enfin à Alger pour fêter la victoire du CRB qui vient de décrocher la coupe d'Algérie. Un retour très remarqué que les amateurs de la chanson raï, n'ont pas raté. Khaled mérite son surnom de King (Roi). Depuis 1974, date de son premier album (Trig Lycée) à ce jour, cheb Khaled s'est imposé sans conteste comme le meilleur chanteur de raï complètement rénové de ce que chantait cheïkha Remiti. S'il a débuté sa carrière en 1974, ce n'est qu'en 1988 qu'il a acquis la notoriété avec le gala organisé à Riad El Feth. Il faudra attendre 1992 pour sa consécration au niveau international avec sa chanson Didi. Pris en charge par le show-biz parisien, il multiplia les succès avec notamment Aïcha en 1996 et C'est la vie en 2012. Ce n'est déjà plus le haut de l'affiche. Comme si sa propulsion en star répondait à un agenda politico-culturel qui était à son terme. Il n'empêche que même si les lampions des scènes occidentales ne brillent plus autant pour Khaled et le raï, le public algérien, maghrébin et arabe reste fidèle au King. On l'a vu à Timgad, à Oran et à Alger cette semaine. On a également noté la présence de ministres et personnalités officielles. Le ministre de la Culture. Le wali d'Alger, etc. Cette précision est importante car et à suivre certains médias on a l'impression que cheb Khaled n'est plus «toléré» dans son propre pays. Pourquoi? Parce qu'un groupuscule s'est érigé en «tribunal patriotique» et avec ses relais médiatiques jette l'opprobre sur cheb Khaled depuis 2013, année où le chanteur a obtenu du roi Mohammed VI, la nationalité marocaine. En plus de sa nationalité algérienne. (comme la chanteuse sud-africaine, Myriam Makéba, qui reçut du président Boumediene la nationalité algérienne en 1972). Ce qui fait de Khaled un binational. Comme des centaines de milliers, voire des millions, d'autres Algériens. A cette différence près, semblent nous dire ces «gardiens de la fibre patriote», que vous pouvez avoir n'importe quelle double nationalité. La française, la belge, la canadienne, l'américaine, celle des esquimaux du pôle Nord, etc., etc. Toutes les nationalités étrangères sont acceptables. Ce qui est vrai. On le voit bien aux guichets de la PAF. Ces Algériens qui déposent leurs passeports étrangers sans gêne aucune. Avec même un soupçon d'arrogance. De la même arrogance que lors du débat de l'article 51 de la nouvelle Constitution algérienne écartant de certaines fonctions supérieures les binationaux. Quel boucan à l'époque. Mais dès qu'il s'agit de nationalité marocaine, comme dans le cas de Khaled, le groupuscule convoque tous ses «barbouzes». Cette semaine, Khaled n'a pas échappé à leurs questions (sous forme journalistique). Crânement, Khaled leur répond inlassablement qu'il est l'ami du roi du Maroc. Qu'il est fidèle à son amitié. Loyal aussi. Qu'il possède la nationalité marocaine, mais reste toujours profondément algérien. Bravo Khaled! Ceux qui t'agressent sur ce sujet ne sont pas représentatifs de la société algérienne. Pour preuve, ce sont les mêmes qui oublient de dire que des journalistes algériens se sont rendus officiellement en Israël dans les années 1990 sans que personne ne leur ait reproché quoi que ce soit. Il y a même eu une personnalité qui est devenue par la suite, ministre. Pour preuve aussi, ce sont les mêmes qui défendent aujourd'hui un Algérien qui vient d'être arrêté à sa descente de l'avion à l'aéroport Houari Boumediene d'Alger. Il est accusé d'espionnage en faveur d'un pays étranger. Le dossier est entre les mains de la justice, nous la laissons faire son travail. Mais ce que nous pouvons d'ores et déjà contester est la fonction de «journaliste-fixeur» qui lui a été attribuée par les médias du même groupuscule qui le défendent. Cette fonction n'existe pas dans notre corporation. Pas même dans le vocabulaire français. Cependant, il est admis qu'un «fixeur» est un homme à tout faire que peut «louer» un journaliste. Il est son guide, son interprète, son chauffeur, son informateur, bref pour tout ce qui peut faciliter la tâche du journaliste en pays étranger. Et lorsque ces médias persistent à présenter l'homme arrêté à l'aéroport comme un «journaliste», il y a usurpation de fonction. Mais pour défendre la profession, il faut une association. Hélas! Trois fois hélas! Alors lorsqu'on s'est opposé à l'article 51 pour ensuite oser accuser Khaled de «trahison», lui qui ne détient que les secrets des chansons à succès et que, pour finir, on invente de fausses «casquettes» dans des affaires d'espionnage, la vérité devient éblouissante. Comme Khaled, tous les Algériens se sentent également maghrébins!

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