Que se passe-t-il dans le secteur de l'eau?

Le spectre des pénuries d'eau refait surface. Les causes? Entre une pluie capricieuse, des tuyaux «crevés» et un incivisme bien «trempé»...

«Noyade.» La distribution d'eau dans le pays fait des siennes. Les responsables, ministre en tête, multiplient les déclarations sur les causes et les solutions envisagées. Dans la même journée de mardi dernier, nous avons appris de notre ministre du secteur, Hocine Necib, que «le recul du taux de remplissage des barrages dû à la faible pluviométrie était à l'origine des perturbations d'alimentation en eau potable». Abondant dans le même sens, Smaïn Amirouche, le directeur central de l'alimentation en eau potable au niveau du ministère des Ressources en eau a déclaré que «16 wilayas, dont Annaba, Souk Ahras, Guelma et Bordj Bou Arréridj ont enregistré un déficit en matière d'eau». Il précise qu'il «s'agit d'un cumul de plusieurs années». Cumul du problème s'entend. Reste à déterminer la nature de ce problème? Pour le directeur de l'Agence nationale de remplissage des barrages, M. Berrak Arezki, le taux de remplissage (des barrages, Ndlr) est de 50,3%. Ce n'est pas très réjouissant, mais pas catastrophique non plus. Avec un bémol pour la région de Annaba. Selon Hocine Necib c'est «un cas isolé vu que le taux de remplissage du barrage Chafia de la wilaya est très faible, indiquant que son taux de remplissage actuel ne dépasse pas 25 millions de m3, sachant que sa capacité est de 185 millions de m3». Pour ce «cas isolé», le ministre a annoncé «un programme d'urgence qui s'étalera sur plusieurs mois pour renforcer la wilaya de 100 000 m3 par jour, en entamant la réhabilitation de la conduite de distribution provenant du barrage de Meksa à Annaba». Pour les autres wilayas touchées par le déficit, d'autres causes sont avancées. Le directeur général de l'Algérienne des eaux (ADE), M. Hocine Zaier, met en avant «le vol de l'eau». Il affirme que «50% de l'eau sont détournés à d'autres usages que celui des personnes». Selon la cellule de veille et de surveillance des réseaux relevant du ministère de Ressources en eau «79 660 fuites ont été recensées dont 64 962 ont été réparées» entre janvier et mai de cette année. Le bilan de cette cellule fait ressortir également que durant la même période «6 059 cas de branchements illicites dont 3 386 ont été éliminés (57%), tandis que 2 606 cas ont été introduits en justice». Comme on peut le constater, les causes sont multiples et toutes convergent vers un seul et même problème, celui d'une sérieuse perturbation de la distribution dans plusieurs régions du pays. Cependant, toutes ces causes sont connues depuis toujours. Aucun fait exceptionnel n'est intervenu pour surprendre les responsables du secteur. Les fuites et les branchements illicites font partie du quotidien auquel font face les structures dépendant du ministère (ADE, Seaal, Seor, Seaco, etc). Idem pour les barrages et leur taux de remplissage. Smaïn Amirouche a raison de dire que «c'est un cumul de plusieurs années». D'ailleurs et juste après son rappel, dans le nouveau gouvernement, au ministère qu'il avait déjà dirigé, Hocine Necib a aussitôt réuni tous les responsables du secteur au siège du ministère pour les instruire d'avoir à «veiller au bon fonctionnement du service public afin d'assurer correctement l'alimentation en eau potable, notamment en période estivale». C'était le 12 juin dernier. Il connaissait si bien la situation du secteur qu'il a cru bon de prendre les devants. Il sait très bien, vu le taux de remplissage des barrages, que «la faible pluviométrie» n'est pas le problème, mais une partie seulement du problème. Ceci étant dit, nous sommes à la veille de la saison des pluies. L'espoir est donc permis d'avoir très prochainement une meilleure pluviométrie. Il n'en demeure pas moins qu'il faudra impérativement solutionner les autres aspects du problème. Comme ces sempiternelles fuites d'eau du réseau de distribution sachant qu'elles représentent un pourcentage important du déficit dans la distribution. Dans son communiqué du 3 septembre dernier, le ministère a relevé que durant les fêtes de l'Aïd El Adha, la consommation dans les grandes villes comme Alger a connu des pics si forts jusqu'à occasionner, «une chute de pression empêchant parfois l'eau, dans certains quartiers de la capitale, d'atteindre les étages supérieurs et les habitations en bout de réseau». Cela nous rappelle de mauvais souvenirs des surpresseurs et de veilles nocturnes l'oreille attentive au moindre bruit dégagé par les robinets. Pas de simples mauvais souvenirs, mais de vrais cauchemars. Les revivre? On n'ose même pas y penser. Parmi les solutions possibles, celle qui consiste à favoriser la participation des citoyens est très importante, aussi importante que la lutte contre la bureaucratie. Au risque de nous répéter, le ministère serait bien inspiré de mettre au point un programme de sensibilisation contre le gaspillage de l'eau. Un programme permanent et très attractif. Pour le reste, c'est l'affaire des responsables de la gestion de l'eau. Eux aussi ont besoin d'être «sensibilisés»!