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Elections locales: "Esprit du 8 mars, es-tu là?"

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Quelle différence y a-t-il entre une députée et une maire? Pourquoi la parité est plus facile à atteindre aux législatives qu'aux élections locales? Il y a peu de candidates aux APC. Qui en parle? Où sont les «ténors» de la condition féminine?...

Moments de vérité. Pour celles et ceux qui n'ont pas la mémoire courte, le débat a toujours été vif sur le principe d'accorder une seule journée dans l'année (le 8 mars) pour fêter la femme. Nous sommes de ceux qui ont toujours été contre «la journée de la femme» mise au même rang que «la journée de l'arbre». Nous sommes de ceux pour qui le 8 mars devrait s'étaler tout au long des 365 jours de l'année. Or que constatons-nous en cette période cruciale des élections locales du 23 novembre prochain? D'abord, la faible représentation féminine dans les listes de candidatures. Sur 165 000 candidats aux APC, 18% seulement sont des femmes. 18% de femmes alors qu'elles représentent plus de la moitié de la population totale algérienne. 18%, c'est-à-dire environ 30 000 candidates. C'est-à-dire aussi 30 000 femmes face à 135 000 hommes candidats. Le seul leader politique à avoir désigné le mal par son nom aura été Ahmed Ouyahia, le SG du RND. Il a parlé de «misogynie que nous surmontons graduellement», avant d'ajouter: «Je reproche à mes collègues de n'avoir pas fait plus». Il déplore, en effet, que seules «cinq têtes de listes femmes se sont présentées pour le renouvellement des APC, au moment où le parti compte 25 000 militantes». Au FFS, deux listes seulement sont menées par des femmes (APC Béjaïa et celle de Tizi Ouzou). Idem pour le PT de Louisa Hanoune, deux femmes têtes de listes dans deux APC d'Alger. Ould Abbès, le patron du FLN, sans être précis, a affirmé que son parti a «respecté le quota légal consacré à la femme (et qu'il est même, ndlr) dépassé dans certaines wilayas». Dommage qu'il ne précise pas le nombre de femmes têtes de listes. Quoiqu'il en soit, c'était là quelques exemples des partis les plus en vue. Le reste des formations en lice ont préféré ne pas aborder le sujet. On ne sait pas tout à fait, s'ils «culpabilisent» ou s'ils font partie des «misogynes». Quoiqu'il en soit, il est regrettable que le sujet n'ait pas été suffisamment abordé au cours de la campagne électorale qui s'achève dimanche prochain. Certes, le président du Front El-Moustakbal, Abdelaziz Belaïd, a dédié tout un meeting (tenu le 5 novembre dernier à El Madania, w. d'Alger) à «l'élément féminin». Sauf qu'il s'est cantonné dans des généralités du style «il faut que...». Avant d'appeler ce même «élément féminin» à voter en masse le 23 novembre. Ce qui marque l'intérêt pour l'électrice. Un peu moins pour la candidate. Ceci étant dit, il y a une lecture sociologique à cette «régression féminine» par rapport aux législatives de mai dernier. Et même par rapport aux listes des APW de ces élections locales du 23 novembre prochain. Si les femmes représentent seulement 18% des candidats aux APC, pour les APW (Assemblées de wilayas), elles représentent 28% de l'ensemble des candidats. Dix points de plus. Pourquoi? Les avis divergent. Pour Ramdane Taâzbit, cadre du PT, «la difficulté de gérer la colère des citoyens décourage les femmes à prendre les commandes d'une APC». Pour le sociologue Nacer Djabi, «certains partis craignent la concurrence des femmes vu leurs compétences».Pour Khalfan Karim, professeur en sciences politiques «le rejet par la société de la candidature de la femme est dépassé». On croit comprendre, dans toutes ces interventions, que la femme algérienne veut faire de la politique tout en évitant le contact direct avec la population. On peut le croire tant que les permanences des députés n'existent pas. Ou que les membres des APW se «cloîtrent» dans les intérieurs feutrés de la wilaya. Toutefois, il n'y a aucune certitude dans tout ce qui est avancé. Que des suppositions. La grande certitude qui émerge de ce débat sans fin est que le sujet ne semble pas être la priorité du personnel politique, largement dominé par les hommes. Ni par les associations civiles et autres réseaux qui font de la condition féminine leur fonds de commerce. Existe-t-il meilleure façon de lutter contre la violence faite aux femmes que de les aider à investir, en masse, le champ politique? Existe-t-il meilleure façon de lutter contre toutes les formes de discriminations sociales, professionnelles et autres, que d'ouvrir les portes du management et de la décision aux femmes? Nos activistes font une grave confusion entre le milieu urbain et le monde rural. Le véritable travail auquel ils devraient s'atteler serait d'aller «crapahuter» dans nos montagnes et les coins les plus reculés du pays pour porter la bonne parole de l'égalité entre les hommes et les femmes. Et ne plus se contenter d'attendre la caméra dans les salons feutrés des grands hôtels uniquement le 8 mars de chaque année. D'ordinaire, ce jour-là est marqué par la distribution de roses. Il faudra désormais ajouter le «pot» puisqu'il n'y a plus rien à cacher!

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