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Les mendiants allemands n'échappent pas au fisc

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Faire la manche au pays de Goethe est une source de revenus. L'affaire d'un chômeur allemand qui est poursuivi par l'administration depuis qu'il mendie fait grand bruit. En quoi cette affaire nous intéresse en Algérie? Bonne question!...

Gestion publique. L'adminis tration allemande considère le mendiant comme «un travailleur indépendant». Ses revenus comme «une collecte de dons privée». «Ils (les impôts, ndlr) veulent aussi que j'aie un carnet pour donner des quittances aux gens» ajoute un mendiant qui a la chance d'être défendu par une avocate rencontrée dans le centre commercial où il fait la manche. Cette affaire a fait du bruit cette semaine dans les médias. Mais soyons plus précis. Le mendiant en question est un chômeur de longue durée (depuis 12 ans). Il touche une allocation de 760 euros par mois en plus de son loyer et de son chauffage pris en charge par l'Etat. Malgré tout et avec sa femme qui ne travaille pas, les fins de mois du couple sont difficiles. C'est pourquoi et comme qui dirait «pour faire la soudure», il a choisi de s'installer devant un centre commercial de la ville de Dortmund et faire appel à la générosité des passants. Ce qui s'appelle faire la manche. Ou mendier. Cela se passait plutôt bien jusqu'au jour où une employée du «Jobcenter» (l'équivalent de notre Anem) qui passait par là, le reconnut. Quelques jours plus tard, notre chômeur mendiant reçoit une lettre de l'administration l'informant que son allocation chômage est réduite de 300 euros. Le calcul fait par l'administration est simple. A raison de 10 euros par jour de «dons privés», cela fait 300 euros par mois à déduire de l'aide de l'Etat. Parmi les âmes charitables qui glissaient la pièce au mendiant se trouvait une avocate qui a décidé de faire appel de cette décision de l'administration en avançant que son «client» ne gagne que 6 euros par jour et seulement 20 jours par mois. Ce qui fait 120 euros auxquels elle a ajouté 30 euros d'exonération dont bénéficient les dons. L'avocate a réussi à faire passer la déduction de l'allocation chômage de 300 euros à 90 euros. Ce qui est mieux pour notre mendiant, sauf que l'administration décide de ne pas céder facilement. Une deuxième lettre du «Jobcenter» lui parvient pour «exiger qu'il tienne un journal de son activité (mendicité, ndlr), avec le décompte exact de ses revenus ainsi qu'une projection pour les 12 prochains mois». En plus clair, l'administration lui demande de tenir une comptabilité comme pour toute activité libérale. L'affaire en était là, hier. Pourquoi nous a-t-elle intéressé? Par son exemplarité dans la gestion des deniers publics. Par le sérieux et l'engagement des fonctionnaires de l'Etat allemand. Par le ciblage, l'identification et la localisation de tous les citoyens allemands. Au moment où, en Algérie, un impôt, en l'occurrence l'ISF (impôt sur la fortune) est retiré de la loi de finances 2018 au motif que son application poserait problème, notamment dans l'identification des contribuables concernés; au moment où dans notre pays, tout le monde est d'accord pour cibler les subventions de l'Etat sur les produits de première nécessité sans qu'il soit possible d'arrêter la méthode idoine; au moment où, dans notre pays l'économie informelle sévit sans qu'il soit possible de neutraliser ses acteurs; au moment où, en Algérie, ni le chèque ni la carte de paiement n'ont réussi à détrôner le cash; pour toutes ses raisons, au moins, l'exemple allemand de la «fiscalisation» des mendiants est plein d'enseignements pour nous. Personne ne pourra croire que l'Etat allemand n'aime pas ses citoyens. Ou que l'administration allemande voue de la haine à ses administrés. Au contraire, cette rigueur hissée au rang de vertu, cette gestion rigoureuse des biens de la collectivité nationale, cette conscience professionnelle qui habite les fonctionnaires allemands, cette lutte implacable contre les tricheurs, sont autant de conditions qui concourent au développement de l'Allemagne et partant au bien-être des Allemands. De tous les Allemands. Sans distinction. Un chômeur qui perçoit une allocation pendant 12 ans, qui ne paie pas son loyer ni son chauffage doit pouvoir s'estimer heureux d'être citoyen allemand. Et surtout faire preuve d'honnêteté au moindre revenu provenant de l'informel comme la mendicité. De cet informel et ses multiples sources que nous connaissons bien dans notre pays. Pourtant, on peut être, chez nous, milliardaire grâce à l'informel et être rangé dans la catégorie des «démunis» dans les statistiques officielles. C'est cette inadmissible différence de gestion qui est soulignée par cette affaire allemande du mendiant poursuivi par le fisc que nous vous livrons aujourd'hui. A méditer!...

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