Le cri du professeur brouri

Notre système de santé comporte une anomalie. La gestation est, médicalement, prise en charge. Les pédiatres s'occupent des enfants. Les adultes accèdent à tous les soins. Et personne pour s'occuper des personnes âgées. Pourquoi? Un médecin en parle. Sera-t-il entendu?...

Fin de vie. Dans l'édition de mercredi dernier, notre quotidien L'Expression, a relayé le cri du professeur Mansour Brouri, chef de service de médecine interne à l'hôpital de Birtraria (W. d'Alger). Il mène un combat depuis 1999 pour la prise en charge médicale des personnes âgées dans notre pays. On lui doit la création de la première unité d'hospitalisation à domicile (HAD) relevant de l'hôpital, en 1999, dédiée, entre autres, à cette catégorie de notre population. Même si les maladies chroniques, sans distinction d'âge, figurent parmi les missions de cette unité, il n'en demeure pas moins que les soins spécifiques aux personnes âgées ont terriblement besoin d'être plus sérieusement assurés qu'ils ne sont actuellement. Le constat est si sévère sur la prise en charge médicale de cette frange de la population que le cri du professeur doit impérativement être entendu par les pouvoirs publics. Ceci d'autant que le nouveau projet de loi sur la santé est soumis au Parlement. Etat des lieux. Les dernières statistiques de l'ONS font état de 3, 5 millions d'Algériens âgés de 60 ans et plus avec plus de 500.000 âgés de plus de 80 ans. Ces chiffres remontent à l'année 2015. Aujourd'hui ils ont incontestablement augmenté. Chacun sait que la santé de ces personnes âgées présente des spécificités qui relèvent des gériatres qui sont des spécialistes que l'Algérie ne possède pas encore. Et pour cause: cette spécialité n'a jamais été enseignée dans notre pays. On parle de combler cette lacune depuis des années sans qu'aucune décision n'ait été prise. Pourquoi? Il doit certainement y avoir des raisons. Celles que nous avons pu détecter se trouvent dans l'amalgame entretenu qui consiste à lier cette spécialité à la création d'hôpitaux gériatriques. Ce qui permet, aux tenants de cet amalgame, d'avancer la crainte «que la création d'une telle structure serait une aubaine pour ceux qui veulent abandonner leurs parents et en faire un centre d'accueil». Ce qui est un peu court comme raisonnement. Mais passons. D'autant que l'initiative prise par le professeur Brouri de créer la première unité d'hospitalisation à domicile (HAD) écarte, on ne peut mieux, cet argument. Des personnes grabataires nécessitent souvent une hospitalisation tant leur état présente plusieurs pathologies. Plusieurs de leurs organes finissent par ne plus fonctionner normalement. La plupart restent cloués au lit avec les complications que cela engendre comme les escarres. Ce ne sont pas des malades comme les autres. Souvent c'est une fin de vie qu'il faut accompagner médicalement dans la dignité. Voilà 18 ans que l'unique structure créée par le professeur Brouri fonctionne. Sa capacité est de 42 patients. Ce qui est dérisoire face à une demande sans cesse croissante. Inutile de dire que l'expérience a plus que réussi puisque des structures privées poussent comme des champignons pour combler le vide. Sauf que les honoraires sont trop élevés pour les familles aux revenus modestes. Il faut ajouter l'indisponibilité dans les pharmacies des produits (alimentation parentérale, perfusion d'albumine, etc.) prescrits par les médecins de ces soins à domicile (SAD) que le professeur Brouri ne veut pas qu'ils se confondent avec sa structure qui fait partie des HAD (hospitalisations à domicile). Plus grave encore, aucun texte législatif ne couvre l'activité des hospitalisations à domicile. Ce qui expose les équipes du professeur Brouri à un vide juridique qui peut leur valoir des déboires. Voire même les décourager. Cette situation inadmissible qui exclut les personnes âgées de l'accès aux soins garanti par la Constitution à tous les nationaux, interpelle nos parlementaires qui planchent actuellement sur le projet de loi sanitaire. Comme elle interpelle les membres de la commission mixte associant le ministère de la Santé et celui de l'Enseignement supérieur qui a été installée mardi dernier, en vue d'introduire la spécialité de gériatrie dans le cursus universitaire. Si nos vieux et nos vieilles sont actuellement 3 millions et demi, leur nombre augmente chaque année. On peut s'interroger sur l'inertie de l'administration, depuis des décennies, à considérer le droit à l'accès aux soins dû aux personnes âgées. On peut également s'interroger sur cette même inertie concernant les centres antidouleur ainsi que la formation de ses spécialistes. Mais pendant que l'on s'interroge, la nature a horreur du vide. Des intervenants occupent ce vide. Ils sont de plus en plus nombreux. Ils interviennent sans aucune garantie, médicale et/ou éthique, pour les personnes âgées et leurs familles. Nous avons des gynécologues pour la gestation, des pédiatres pour l'enfance, toutes les spécialités existent pour les adultes. En fin de vie, rien n'est prévu. Pourquoi?