20 août, Bouteflika appelle à la mobilisation

Le ton est grave. A l'ennemi extérieur vient s'ajouter, pour la première fois, celui de l'intérieur. L'Algérie est en danger. Ses enfants sont appelés, à l'exemple de la génération de novembre, à se regrouper pour la défendre. Toutes sensibilités confondues. Il s'agit de notre maison commune...

Sans ménagement. Le message, de dimanche dernier, du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, à l'occasion du double anniversaire du 20 Août tranche par le ton grave et direct employé à l'adresse du peuple algérien. Pour ceux qui suivent de près les activités présidentielles, il n'est pas dans les habitudes du chef de l'Etat de verser dans l'alarmisme. Au contraire, il a toujours eu pour souci de ne pas dramatiser la situation. Comme un père s'efforcerait de rassurer ses enfants soupçonnant l'imminence d'un danger. Pour avoir transgressé cette règle dans son dernier message, cela prouve que le danger et les menaces qui pèsent sur le pays, souvent évoqués avec souplesse, ont pris une telle dimension qui n'est plus à cacher aux citoyens. Dimanche dernier, le président Bouteflika a articulé son message en deux grandes parties. La première en évoquant le lourd sacrifice de nos chouhada et de nos moudjahiddine et moudjahidate ainsi qu'une «admirable fusion entre nos vaillants moudjahidine et nos valeureux citoyens» non sans avoir rappelé que «la Révolution du 1er Novembre 1954 était véritablement la révolution de tout un peuple». C'est-à-dire que si nous sommes tous concernés par la libération du pays, Il en va de même pour protéger cet acquis considérable. Le président Bouteflika va jusqu'à rappeler «la sinistre armée sécrète de colons haineux (OAS, Ndlr)» qui avait tenté d'appliquer la «politique de la terre brûlée». C'est peut-être du passé, mais qui a son prolongement au présent pour qui sait voir. «Oui, le droit à la liberté, à l'indépendance ainsi que le droit des peuples à vivre dans la stabilité et la sérénité sont devenus malheureusement une chose rare dans le Monde arabe en raison des conflits et des crises épuisants pour nos potentialités» note, à juste titre, le président dans son message. Dans la deuxième partie, le ton du chef de l'Etat se fait encore plus grave. «Face à ces défis et à ces dangers, je vous exhorte, enfants de notre chère patrie, à suivre les pas de nos glorieux Moudjahidine et valeureux Chouhada, à vous mobiliser pour la poursuite de l'édification et la mutualisation de toutes les potentialités de notre pays et à renforcer l'édifice d'un front populaire solide afin de garantir la stabilité de l'Algérie et sa résistance face à toutes les manoeuvres internes et menaces externes», lance-t-il sans ménagement aux 42 millions d'Algériens. Pour la première fois, il appelle à «un front populaire solide». Dans son message à l'occasion du 1er novembre 2017, il avait déjà abordé cet aspect en ces termes: «Préserver nos acquis exige de nous, dans la pluralité des options politiques, d'être capables de faire partie d'un front patriotique commun, chaque fois qu'il s'agira de l'Algérie, notamment face aux multiples menaces extérieures». Le front patriotique est devenu le front populaire tandis qu'aux menaces extérieures, le président a ajouté dimanche dernier «les manoeuvres internes». Récapitulons: dans un ton plus direct qu'à l'habitude, le président Bouteflika, recommande aux Algériens de s'unir dans un «front populaire» pour «contrecarrer toutes les manoeuvres politiciennes et tentatives de déstabilisation» de l'Algérie. La patrie est en danger. Non seulement le diagnostic est posé par un homme dont tout le monde reconnaît la perspicacité et l'expertise dans la gestion des affaires de l'Etat, mais en plus il recommande la «médication» à même d'écarter les menaces et vaincre nos ennemis. Aujourd'hui c'est la mobilisation autour d'un «front populaire» comme hier c'était le plébiscite de la «Réconciliation nationale». Dans les deux cas, c'est la défense de la paix et de la stabilité dans notre pays. Ceci dit, il reste à organiser ce «front populaire solide». Tous les partis politiques, quelle que soit leur chapelle, de droite, de gauche, du centre ou du «plafond», doivent s'entendre sur un Smig qui est de défendre la patrie en danger. Pour la première fois, le tabou de l'ennemi intérieur est tombé. Donc il va falloir lui faire la guerre comme à l'ennemi extérieur. On le retrouve principalement dans les affaires de corruption et le trafic de drogue. D'ailleurs, les deux sont souvent liées. Pour preuve l'affaire de la cocaïne d'Oran et ses ramifications dans la corruption à divers échelons. Il est bon d'ajouter que tous ces «ingrédients» ont été favorisés par un complot qui date de la guerre d'Algérie. Une guerre d'Algérie qui se poursuit encore dans certains milieux qui ne nous pardonnent pas d'avoir réussi à développer notre pays sans eux alors qu'ils avaient misé, à tort, que leur départ massif en 1962 allait faire s'écrouler l'Algérie. Bref, Il appartient aujourd'hui aux partis politiques, notamment ceux de l'alliance présidentielle ainsi que tous ceux (ils sont nombreux) qui, dans l'opposition, ont vraiment la fibre patriotique, d'oeuvrer à constituer ce «front populaire solide»! Un fois le danger écarté, les sensibilités politiques pourront reprendre leur place. Dixit la charte de la Soummam!