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"L'allergie" de l'Institut Pasteur

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Des allergènes vont être produits en Algérie. C'est bien. Leur gamme étant très longue, l'Institut Pasteur, signataire de l'accord, ne donne pas de précisions. Il y a comme une «allergie» à la transparence...

Maladies chroniques. Mardi dernier a eu lieu la signature d'un accord de partenariat entre l'Institut Pasteur d'Algérie, la société danoise, ALK-Abello, leader mondial de l'Immunothérapie allergénique et les laboratoires Frater-Razes, leader des produits injectables stériles en Algérie. L'accord permettra «la production locale, selon les standards de qualité les plus élevés et de manière progressive, d'une gamme d'allergènes pour traitement par immunothérapie allergénique, répondant à la totalité des besoins des patients...Nous envisageons la fabrication, dans une première étape, de près de 10 millions de flacons pour répondre aux besoins du marché national» a précisé le directeur de l'Institut Pasteur, Zoubir Harrath, qui a ajouté que «l'Algérie importe annuellement 3 millions de flacons». Ce n'est pas très précis car il s'agit «d'une gamme d'allergènes» seulement. Comme il n'est pas spécifié quelles sont les gammes concernées par les «3 millions de flacons importés» ni par les «10 millions de flacons (qui seront produits)». Une précision est nécessaire car il y a plusieurs types d'allergies. Pour le professeur Habib Douaghi du service de pneumo-allergologie au CHU de Béni-Messous, «Il y a trois types d'allergies: les allergies respiratoires (exemples: acariens contenus dans la poussière de maisons, pollens d'arbres et de plantes, moisissures, poils d'animaux: chat, chien), les allergènes ingérés (aliments: lait, arachide, oeuf, fruits de mer, fraise, chocolat) et les allergènes injectés: médicaments surtout: pénicilline, aspirine.» Mais pas seulement puisque même l'allergie oculaire existe selon le président de la Société méditerranéenne d'ophtalmologie, le professeur Amar Ailem. Il manque aussi, par exemple, l'intolérance au gluten qui a pris des proportions telles que les industriels de l'agroalimentaire se sont emparés du filon. Des rayons entiers lui sont consacrés dans les grandes surfaces. Certains disent même que c'est un effet de mode. Ce n'est pas le sujet aujourd'hui. Quant à savoir combien d'Algériens souffrent d'allergies, c'est un peu plus compliqué. C'est comme pour toutes les maladies chacun y va de ses chiffres devant l'absence de statistiques fiables. On peut seulement avancer que l'OMS prévoit qu'en 2050 la moitié de la population mondiale souffrira d'allergies. Les causes sont liées à l'écologie. Passons sur le nombre qui n'est sûrement pas négligeable pour aborder la difficulté de poser le diagnostic. Des sources médicales affirment qu'il «relève parfois de l'enquête policière. Pour trouver le ou les allergènes coupables, le médecin dispose principalement de l'interrogatoire clinique et des tests cutanés d'allergie». Il y a également les symptômes qui orientent le médecin. Cela va des rougeurs de la peau aux troubles de la vision en passant par des maux de tête, des nausées, la toux ou encore la fatigue jusqu'à la dépression. Les symptômes les plus «célèbres» étant l'asthme et la rhinite (rhume des foins). Travail ardu pour les médecins. Ce qui intéresse les personnes allergiques c'est le traitement qui les en débarrassera. Jusque-là, la bonne vieille méthode et une fois allergène connu, était d'éviter le contact de l'agent responsable. Si c'est les poils, il faudra éviter les animaux. Mais lorsque la part de l'hérédité est établie, le bon sens ne suffit pas. Il faut aller à la désensibilisation. «Le principe est d'exposer régulièrement l'organisme à de petites quantités de substance allergisante (l'allergène) afin de réduire progressivement la réponse immunitaire vis-à-vis de celle-ci, et de finir par réduire complètement la sensibilité de l'organisme. Autrement dit, notre corps apprend petit à petit à supporter l'allergène» nous explique un médecin. Les médecins désignent la méthode par le terme «immunothérapie spécifique». Les flacons dont il est question au début dans l'accord avec la société danoise renferment «une gamme d'allergène» pour le traitement par «immunothérapie» qu'on peut appeler «allergénique» comme nos partenaires de l'accord ou «spécifique» synonyme utilisé par la médecine. C'est pourquoi la gamme qui sera produite chez nous doit être rendue publique. Par souci de transparence et d'efficacité. Allez M.Harrath, un peu d'effort, donnez aux Algériens la liste de cette «gamme d'allergènes». Si c'est pour le pollen, les acariens ou autres allergènes. 10 millions de flacons produits contre 3 millions de flacons importés, cela ne veut strictement rien dire. Sauf sur le plan économique. N'oublions pas que l'accord intéresse d'abord les personnes allergiques. Qui sera soulagé? Qui devra attendre encore un peu?

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