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Combien de bébés pour être heureux?

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Nos aïeux n'accueillaient pas avec joie la naissance d'une fille. Avant de s'en offusquer, il faut comprendre pourquoi. Aujourd'hui c'est la démographie, sans distinction de sexe, qui pose problème. Entre hier et aujourd'hui les données ont changé. Pas les enjeux...

Vaste sujet. L'année 2018 s'achève. Il est de tradition pour les médias de consacrer ce moment aux éphémérides. Or, il est un sujet dominant depuis des années et pourtant négligé dans notre pays. Il s'agit de la croissance démographique qui conditionne le développement économique et social. Commençons par «planter» le décor. L'indice de fécondité est actuellement de 3,1 enfants par femme contre 2,4 enfants par femme en l'an 2000. En d'autres termes nous sommes passés de 600.000 naissances/an en 2000 à plus d'un million de naissances/ an ces dernières années. Nous ne sommes pas loin du double. Cette remarquable augmentation des naissances s'explique par le développement économique et social sans équivalent dans l'histoire de notre pays. Quant on réalise des millions de logements, quant on double ou triple les salaires comme en 2008, quant on subventionne tous les produits de large consommation, quant on scolarise gratuitement, quand on soigne sans bourse délier c'est le baby-boom garanti. On oublie également que la croissance démographique est exponentielle quand elle n'est pas maîtrisée. Ce qui est le cas. Les réalisations de logements, d'établissements scolaires, de structures de santé, etc. font partie des priorités du gouvernement. Au rythme des naissances que nous connaissons, il faudrait doubler, voire tripler la quantité annuelle de ces réalisations. Ce n'est pas raisonnable si les conditions économiques et financières ne le permettent pas. Chacun connaît la situation du pays sur ce plan. La diversification de notre économie est à ses débuts, le baril fait des siennes et il faut l'avouer, le travail n'est pas encore notre fort. Le simple bon sens commande de se poser des questions simples. Comment nourrir, vêtir, scolariser, soigner cette population qui augmente de plus d'un million de naissances chaque année si dans le même temps nos recettes régressent et que la substitution de nos revenus est à peine enclenchée? Depuis quelque temps, le gouvernement, conscient de cette difficulté, tente de relancer le planning familial qui avait connu un certain succès dans les années 1970. Il y a une semaine, l'annonce a été faite de l'ouverture de centres de planning familial dans dix wilayas du pays. L'an prochain il est prévu d'élargir la mesure à toutes les wilayas. L'objectif serait de ramener l'indice de fécondité de 3,1 actuellement à 2,5. A titre comparatif, l'indice de la Chine est à 1,6, celui des Etats-Unis est à 1,82, pour ne prendre que ces exemples. Sauf que certains paramètres rendent la tâche plus difficile chez nous. Il y a d'abord le maintien des transferts sociaux, mais aussi et surtout le développement culturel qui, malheureusement, est à la traîne. A ne pas confondre enseignement et culture. Nous sommes plus dans le divertissement et le folklore actuellement. Ce ne sont pas les structures qui font la culture. Il faut du contenu. Une production cinématographique, de pièces de théâtre, de littérature, de musique, etc. Ce n'est pas la multiplication des maisons d'éditions attirées par les marchés publics ou les livres écrits par tous les quidams qui passent qui peuvent constituer un fonds culturel. Ni même ces artistes en herbe qui disparaissent une fois l'émission «Alhan oua Chabab» terminée. On peut en dire autant pour la musique du synthétiseur. Voire jusqu'à l'art culinaire qui bute sur des palais atrophiés ou encore la peinture quand les couleurs n'ont ni âme ni expressions. C'est grâce à la culture, la vraie, qu'une population parvient à comprendre l'intérêt d'un espacement des naissances. Pour la santé de la mère, pour l'épanouissement de l'enfant, pour l'équilibre du ménage. Pour le sens à donner à la procréation. Transition toute faite pour revenir sur nos aïeux qui préféraient les garçons aux filles. Leur choix était lié à leurs dures conditions de survie sous la colonisation. A la fille qui était une force de travail, mais confinée à la maison, le garçon représentait un investissement sur un travail rémunérateur. Dans le premier cas, ils ressentaient une charge supplémentaire à la misère qu'ils enduraient, dans le second cas une ressource financière complémentaire. Depuis, les choses ont bien changé. Donc fille ou garçon peu importe, la redistribution des richesses du pays plus le développement humain ont supprimé ces considérations sexistes. On ne dit plus fille ou garçon aujourd'hui. On dit enfant. En faut-il deux, trois ou plus? Pour toutes les raisons vues plus haut. Bonne année, pleine de santé, de bonheur et...pas (forcément) beaucoup d'enfants!

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