Accueil |Chroniques | L’envers du décor |

282 sources en Algérie sans tourisme thermal

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font

C'est l'hiver, nos sources d'eau chaude devraient être très sollicitées. Surtout que le thermalisme chez nous a une longue histoire. A ce jour, nos responsables se tâtent encore pour savoir comment le relancer. En réalité, la solution est toute simple...

Cures. Mardi dernier a eu lieu une rencontre internationale sur le tourisme thermal. Présidée par le ministre du Tourisme en présence de plusieurs membres du gouvernement ainsi que des professionnels du tourisme, des universitaires, des experts, des opérateurs privés ainsi que des délégations venues de Turquie, de Roumanie et du Portugal. Du beau monde et en nombre. Il s'agissait, comme rapporté dans notre édition d'hier par notre confrère Abdelkrim Amarni, de débattre sur «la mise en application des recommandations issues des Assises nationales du tourisme qui se sont déroulées en janvier 2019». Il y a eu beaucoup de communications sur l'état de ce segment du tourisme. Des «faiblesses» ont été relevées. L'accent a été notamment mis sur la mise en conformité de l'hébergement avec les campagnes publicitaires, sur la pollution, sur la formation ainsi que sur la concurrence internationale. C'est-à-dire que nous sommes toujours au «chevet» du thermalisme dans notre pays. En attendant la «médication» pour le remettre sur pied. Cette «histoire» n'a que trop duré. Depuis l'indépendance, nous avons superbement ignoré nos stations thermales. Et si on en parle aujourd'hui c'est bien parce que le président de la République a «secoué le cocotier» pour la relance du tourisme en général, qui comprend également le thermalisme. Et si on continue d'en parler en effleurant des solutions au conditionnel, dans un autre demi-siècle nous n'aurons pas fini de nous écouter parler. Sans agir. Il faut arrêter de tourner en rond autour de ces «gisements» financiers laissés en friche. Le problème n'est ni celui des experts ni de spécialistes. Il relève du bon sens. Dans notre pays, pas moins de 282 sources thermales ont été «identifiées» (sources du ministère du Tourisme). La même source indique que seules «une trentaine de sources sont exploitées actuellement». Est-ce normal? Et pourquoi devrions nous admettre que les 252 autres ne le seraient pas? D'ailleurs même celles qui sont exploitées, le sont à la légère. A la «vas-y comme j'te pousse». La raison? Sans se voiler la face, celle-ci est d'ordre psychologique. Durant la longue nuit coloniale, la seule destination de «détente» des Algériens aura été les stations thermales. En toutes saisons. Par la seule croyance des vertus médicinales naturelles. L'expression «Enessakhane aâdami» est restée dans le langage populaire. Donc historiquement, l'Algérien a une relation paradoxale avec les thermes. Il leur trouve des vertus, mais en même temps elles sont, à ses yeux, dévalorisées du fait que c'est le seul lieu de détente où l'a confiné la colonisation. A part l'eau chaude qui sort des «tripes» de la terre, toute la logistique qui l'entoure est des plus sommaires. Des chambres nues et vétustes où il fallait ramener avec soi ses nattes, ses couvertures et même sa marmite et son «kanoune». Une véritable expédition, pour ne pas dire déménagement, était à prévoir lorsqu'on décidait d'aller aux thermes. Au Centre, c'était Hammam Melouane, Hammam Righa. A l'Ouest Bou-Hanifia, à l'Est Hammam Salihine et Hammam Meskhoutine. Après l'indépendance et la découverte du bord de mer, l'Algérien a délaissé ses anciens lieux de vacances de «misère» gérés par l'Etat. Et quand on dit Algérien, il faut comprendre même les responsables du tourisme. Tous les spécialistes du tourisme en Algérie savent que l'image du thermalisme était si déclassée que les fonctionnaires assimilés du secteur y étaient «mutés par mesure disciplinaire». C'est tout dire. Le malheur c'est que nous ne sommes pas encore sortis de ces préjugés. Du garçon de salle au directeur de l'établissement, tous préfèrent le balnéaire. Pourquoi? Pour joindre l'utile à l'agréable. On passe des vacances tout en travaillant et de plus on y fait des rencontres intéressantes. Ce sont deux clientèles différentes. Dans les stations balnéaires se retrouve un «beau monde» tandis que dans les stations thermales il n'y a que la plèbe. Voila grosso modo, le pourquoi du délaissement de nos stations thermales depuis un demi-siècle. Les étrangers qui ont participé à la rencontre de mardi dernier appréhendent autrement ce type de tourisme. Chez eux il est tellement développé et de très bon rapport qu'ils ne doivent pas s'expliquer pourquoi une telle richesse est abandonnée chez nous. Un autre facteur mérite d'être relevé. Celui des tarifs. Parmi les aberrations, nous avons relevé sur le site d'un complexe thermal de Guelma les prix suivants: pour une nuitée en pension complète le tarif est de 6600 DA/HT. Pour six nuitées il est de 42.600 DA/HT. Comment expliquer les 3000 DA supplémentaires là où il fallait un tarif dégressif? C'est à vous rendre malade. Ceci dit, l'hiver, c'est la haute saison pour le tourisme thermal. Pour cette année c'est raté. On est toujours dans «l'évaluation»!

Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha