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Partage d’histoire

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«Le monde du partage devrait remplacer le partage du monde.»
Claude Lelouch

Et si un jour, cela pouvait nous arriver? Je parle évidemment de ce rêve insensé de voir notre paysage audiovisuel exploser en une multitude de chaînes qui se feront une concurrence acharnée pour produire des émissions de grande qualité qui rivaliseront d´audace, d´imagination et de talent dans une ambiance de liberté d´expression que la pays ne connaît plus depuis le réalisation des fresques du Tassili. Peut-être qu´à la fin des consultations du docteur Bensalah...
En attendant, on peut toujours regarder ce que font les gens d´en face tout en digérant nos frustrations. Il faut avouer que la démocratie et la liberté d´expression qui la suit comme une ombre, permettent aux hommes de faire de grands pas dans l´amélioration de sa compréhension du monde, donc des conditions de son existence. Et c´est en se penchant sur les expériences passées que l´on évite de retomber dans les mêmes erreurs: une chose que les dictateurs, saisis par le vertige du pouvoir, oublient ou négligent. Et c´est une gageure que de réunir autour de la même table des amoureux de l´Histoire qui ont tous commis, avec la même passion, des ouvrages relatifs à l´histoire des peuples.
Evidemment, ce n´est pas la première fois que des chercheurs aussi célèbres que Marc Ferro ou Benjamin Stora se retrouvent pour explique leur aventure, mais cette fois-ci, de nouvelles têtes, sont venues parler d´une première dans l´édition du livre historique: écriture de l´histoire de deux pays qui ont une histoire commune par deux auteurs issus de ces deux nations antagonistes. Cela n´aurait pas pu se faire sans le miracle de la construction européenne qui veut effacer les erreurs du passé en les comprenant mieux.
Jusqu´à présent, deux auteurs, tous deux français, Louis Aragon et André Maurois, avaient, en enfourchant respectivement leurs idéologies opposées, tenté d´écrire une histoire comparée de l´Urss et des Etats-Unis. Cette fois-ci, ce sont deux auteures, l´une allemande et l´autre française qui ont réussi avec un succès certain, à démêler l´écheveau de la tumultueuse histoire franco-germanique. Les auteurs ont avoué les difficultés rencontrées dans la traduction de concepts qui n´existent que dans une seule des deux langues, mais ont aussi éprouvé du plaisir en découvrant les surprises blotties dans les plis de l´Histoire. Elles insistent surtout, sur le fait que les deux peuples, germanique et français, sont arrivés à maturité pour reconsidérer avec sérénité les sanglants conflits qui ont opposé les deux nations des siècles durant. Marc Ferro enchérira en témoignant des obstacles posés par la sémantique durant les négociations d´Evian, entre les représentants du FLN et du gouvernement français: en arabe, le mot citoyen était intraduisible (c´est peut-être la raison pour laquelle nous éprouvons de la peine à devenir des citoyens à part entière). L´idée avait aussi germé parmi les invités qu´il serait possible qu´un jour, les deux parties, les chercheurs français et les chercheurs algériens, se mettent d´accord pour décortiquer les relations historiques des deux peuples.
Benjamin Stora, sans se départir d´un pessimisme accumulé par des années d´expérience, avoua que le temps n´était pas encore venu: il y avait bien eu comme un frémissement en 2002, mais la malheureuse initiative de l´Assemblée nationale française de proposer une loi donnant à la colonisation un aspect positif, a ruiné toutes les volontés. Car la difficulté qui se pose aux anciens belligérants est de trouver des paramètres objectifs pour évaluer les événements. Pour ce qui concerne la France et l´Algérie, ce n´est qu´une question de temps. Il faudra une génération pour reconnaître les torts du violeur et les dommages causés au violé. Mais avant tout, il faudrait peut-être que les Algériens commencent à se mettre d´accord entre eux pour écrire leur propre histoire: libérer les archives, libérer les imprimeries, libérer les ondes et surtout libérer les esprits.

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