Indépendances
«Personne n´est absolument libre: il y en a qui sont esclaves de leur indépendance.»
Alfred Capus
Finalement, en se remémorant bien les divers discours qui ont fleuri au lendemain de l´Indépendance, ce sont des mots d´autosatisfaction qui flattent les ego des gens qui sont restés terrés pendant les années de feu. «Un seul héros, le peuple» a été le slogan fabriqué par les spécialistes de la communication au service de gens qui ont ravi la légitimité à ceux qui ont «livré leurs poitrines à la mitraille coloniale», pour reprendre la formule célèbre d´un ancien moudjahid devenu un terne ministre.
Cette idée d´un peuple uni, soudé, par la grâce des méfaits du colonialisme, d´une religion unique et d´une communauté d´une histoire est faite d´une multitude de recoins obscurs.
L´école, la mosquée et la télévision auront contribué fortement à forger cette idyllique image unie derrière un drapeau et des chefs irréprochables, mais l´Histoire sait attendre les faussaires au tournant: peu à peu, les vérités artificielles s´effritent et alors commence à apparaître l´image insupportable des manipulations sournoises et les comportements politiques à géométrie variable.
L´Indépendance a-t-elle vraiment existé pour ces pays qui n´ont que les ports, les aéroports et les terminaux de gazoducs et d´oléoducs comme vecteurs d´une économie sous perfusion. L´indépendance alimentaire fut, jadis, brandie comme le but suprême d´appareils administratifs qui fonctionnent tous dans le sens opposé.
Et que dire des fortunes immenses amassées par des gens qui ont découvert la formule miracle de la binationalité: on «travaille» dans son pays natal et on installe sa progéniture dans les paradis fiscaux, là où le fils d´un ministre peut à loisir jouer au délinquant dans une voiture de luxe, sur des routes bien entretenues avec 24.000 euros dans la boîte à gants. Il y a des fils à papa qui ont encore plus mal tourné, puisqu´ils se sont mis à l´héroïne. Chacun sa drogue! Pendant ce temps, les commémorations à la mémoire de valeureux martyrs peuvent continuer tandis que s´effritent lentement et le rachitique tissu industriel, et les valeurs qui ont produit le 1er Novembre.
En regardant bien l´histoire du monde, on peut s´apercevoir qu´il y a des pays qui ont perdu deux fois l´indépendance: les Philippines, Cuba. Il y en a d´autres qui risquent de la perdre une énième fois: la Syrie et la Libye risquent d´être recolonisées par l´Otan.
D´autres sont tombés bien avant sous la coupe du FMI et de la BM en attendant mieux. Et le camp socialiste n´existe plus pour sauver les apparences.

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