Désertification
«Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent.»
François René de Chateaubriand
Le temps est plutôt à la canicule: un soleil de plomb a investi la cité dont les allées ont été désertées par les écoliers depuis quelques jours déjà. Cette entrée en force de l´été est accentuée par une coupure d´eau qui, bien qu´annoncée 48 heures à l´avance, a laissé les habitants désarmés. Cela se traduit par un pillage effréné des eaux minérales exposées aux devantures des épiceries, comme pour narguer des ménagères endeuillées par le silence obstiné de leurs robinets... Les égouts commencent même à exhaler cette odeur fétide qui fait désormais partie de l´identité de certains quartiers durant l´été.
C´est le moment choisi par le ministère de l´Agriculture et du Développement rural pour nous apprendre qu´une conférence africaine sur la désertification se tiendra à Alger. Quoi de plus indiqué qu´une ville en bord de mer, au bout d´une plaine qui fut jadis si fertile, pour servir de décor aux réflexions profondes de représentants de pays menacés par l´avancée inexorable des sables! Les éléments constitutifs du désert étant le soleil, le sable et la rocaille, Alger, ville méditerranéenne jadis, ne constituerait pas le cadre idéal pour une telle conférence, mais que voulez-vous, les hommes politiques ne sont pas à une contradiction près: ils choisissent les villes les plus riches pour organiser des conférences sur la pauvreté du tiers-monde, les sites les plus arrosés pour disserter sur l´accès à l´eau, les cités connues pour la finesse de leur cuisine pour épiloguer sur la sous-alimentation... Mais Alger peut quand même prétendre réunir au moins deux éléments pour saisir la menace du désert: n´en déplaise à Tahar Benaïcha, la Mitidja tire son nom du berbère: l´ensoleillée. La rareté des ressources en eau est épisodique et tous les Algérois se souviennent des théories de gamins des quartiers populaires, munis de bidons en plastique à la recherche du précieux liquide. Quant au vent, c´est une vérité reconnue que c´est la principale ressource de nos hommes politiques qui nous l´ont servie à satiété. Il est d´ailleurs, étrange qu´il n´y ait pas de temple consacré au dieu Eole. Mais, me direz-vous, à part les torchères qui illuminent le ciel du Sud, toutes les installations, constructions et onéreuses réalisations, ne seraient que des lieux géométriques propices aux courants d´air ou de la poussière aux yeux... Cependant, il faudrait reconnaître une certaine perspicacité aux gens qui ont envisagé une conférence au milieu de cette bande verte qui borde la Grande bleue polluée: selon les observateurs compétents en la matière, la menace est imminente. Le désert avance à grands pas. Il gagne chaque année quelques kilomètres. Le phénomène serait dû principalement à l´invasion hilalienne qui introduisit le pastoralisme nomade sur les Hauts-Plateaux. Les troupeaux itinérants d´ovins et de caprins ont dévasté le couvert végétal. Les sécheresses récurrentes sévissant sur le Maghreb ont accentué le phénomène: le colonialisme, le parti unique et ce qui s´ensuivit ont aggravé la situation au point que sept millions de gens sont menacés de pauvreté par la dégradation de leur environnement et l´amenuisement de leurs ressources vitales. Boumediene avait initié, dès 1969, la réalisation d´un barrage vert qui freinerait l´avancée du désert. Ce pharaonique chantier fut confié aux appelés de l´ANP avant d´être concédé en 1990 à l´administration des eaux et forêts qui n´a pas les moyens humains et matériels de l´Armée. L´immense projet menacé par la chenille processionnaire est remplacé par des projets intégrés. Des dispositifs comme le Pnda et le Pndr viennent en aide à cette tâche digne de Sisyphe.
Mais le véritable danger de la désertification ne vient-il pas de ce phénomène qui gangrène tous les sols fertiles de la bande verte? Le béton envahit tous les espaces utiles et la végétation recule. C´est peut-être pourquoi, certains petits malins préfèrent investir de l´autre côté de la Grande bleue.
Leur devise n´est-elle pas: après nous, le désert!

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