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«Le tournevis n´est pas le seul outil de la politique économique.»
Lionel Jospin

Ce qui sépare une démocratie d´un régime autoritaire, c´est le nombre et la qualité des institutions créées pour étudier et résoudre les problèmes de la société. C´est aussi la manière dont sont créées ces institutions: dans les pays démocratiques, elles sont élues directement par le peuple ou désignées par des représentants élus de ce peuple. Dans les pays du Sud, ces institutions ont un rôle purement consultatif à tel point qu´on doute souvent quelquefois d´elles malgré la qualité de leurs travaux et de la sincérité de leurs membres.
Gouverner, c´est prévoir: prévoir le développement futur des problèmes et surtout prévenir les phénomènes et les mouvements de la société qu´ils peuvent produire. Avant tout, tout gouvernement bien intentionné se dote d´instruments de mesure qui permettent de donner une image de la situation générale assez proche de la réalité, loin des prismes déformants de la politique ou de l´idéologie.
C´est certainement pour répondre à un besoin réel d´outils performants que des esprits éclairés, cartésiens, ont créé ou appelé à la création d´institutions telles que l´Office national des statistiques, l´Institut national de géopolitique et de stratégie globale et le Conseil national économique et social. Toutes ces institutions se complètent indubitablement et travaillent main dans la main au service d´un gouvernement ou d´un pouvoir attentifs à la moindre évolution des indicateurs économiques et sociaux et confiants dans la fiabilité des outils de mesure et de la sincérité des cadres et techniciens qui les utilisent.
Si la Bourse des valeurs financières renseigne sur la santé des entreprises, en dépit des opérations spéculatives, les conclusions du Cnes s´appuient sur les informations délivrées par les divers ministères, offices ou instituts qui fournissent mensuellement ou annuellement les paramètres de la vie économique et sociale. La production industrielle, agricole, la balance commerciale, la balance des paiements, les chiffres de l´emploi et du chômage, les grilles des salaires, les prix des produits et leur évolution, le taux d´inflation, le volume des investissements, le nombre de faillites, la structure des importations et des exportations, le nombre de crimes et délits, les courbes des naissances et décès, la déperdition scolaire...sont autant d´indicateurs que les spécialistes utilisent pour projeter sur le papier une image du pays en perpétuel devenir. Le Cnes demeure comme un pôle autonome d´analyse, d´observation et de réflexion, posant un regard critique mais serein sur les grandes questions économiques et sociales du pays. Mais aussi en tant que «parlement du dialogue social, la chambre du premier mot, le dernier revenant au pouvoir législatif». Néanmoins, il reste au Cnes à «intégrer dans ses missions la prospective pour pouvoir jouer valablement un rôle de veille stratégique, ce qui lui a été refusé, certainement de crainte de voir son influence s´élargir».
C´est sur ces tendances que le Cnes informe le gouvernement et suggère des correctifs à apporter à la politique mise en oeuvre jusqu´à ce moment-là. Quand le diagnostic du Cnes a été très pessimiste, sévère ou alarmant, la question même de son existence a alimenté, à une certaine période, les spéculations d´une certaine presse. Il a été fort critiqué à la période où des licenciements massifs ont été opérés et des entreprises nationales dissoutes ou bradées. Il demeure toujours très critique sur le secteur économique informel, le secteur foncier soumis à une très forte spéculation. Le Cnes insiste surtout sur la nécessité de moderniser ces structures en vue d´une imminente adhésion de l´Algérie à l´OMC. Le Cnes demeure un outil irremplaçable dans la pratique d´une politique cohérente. Mais quel «Cnes» peut alerter sur les graves dérives que peuvent engendrer les dysfonctionnements de l´économie de la justice, et de tous les secteurs de la vie sociale? C´est un outil irremplaçable, c´est le baromètre de la santé du pays.

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