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Braconnages

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«En politique, comme en amour et à la chasse, le vrai plaisir est de braconner.» Anonyme

Depuis que la chair est entrée dans l'alimentation de l'homme, celui-ci a longuement pratiqué la chasse pour nourrir son groupe. C'était bien avant qu'il ne commence à domestiquer certaines bêtes sauvages. La chasse (ou la pêche) était une nécessité. Elle était la plupart du temps périlleuse car les outils primitifs étaient souvent rudimentaires et la chasse était souvent une expédition presque aussi dangereuse qu'une campagne de guerre: cela dépendait du gibier, évidemment. Quand l'homme améliora ses armes et ses techniques, son quotidien s'améliora d'une façon significative. Mais c'était sans compter sur la concurrence sauvage des classes de la société pour s'approprier les niches où vit le gibier. C'est ainsi que durant l'époque féodale, des règlements furent émis par les seigneurs, propriétaires de vastes domaines agricoles et forestiers pour monopoliser la pratique de la chasse, l'élevant au rang de privilège. Des catégories de gibiers furent même réservées aux plus hautes autorités de la hiérarchie féodale: ainsi, le cerf, bête noble, était un privilège royal. C'est à ce moment que la chasse cessa d'être une nécessité pour une classe dominante qui avait d'autres ressources, pour devenir un sport et un plaisir pour gens distingués. Les femmes étaient curieusement absentes de ce sport cruel et brutal, mais elles pratiquaient cependant la chasse au vol avec des faucons. Les basses classes de la société, vilains, artisans et commerçants se sont vus ainsi interdire tout accès à cette pratique qui, en temps de famine, devenait une nécessité pour les plus pauvres. C'est ainsi que naquirent les braconniers: de pauvres gens qui chassaient ou posaient des pièges clandestinement dans les domaines seigneuriaux pour faire bouillir leur marmite. Les peines étaient très sévères pour les individus pris en flagrant braconnage: un roturier qui tuait un cerf royal était passible de mort. De nos jours, la loi est beaucoup plus clémente: des amendes et des confiscations d'armes sont appliquées aux contrevenants.
Actuellement, la chasse est sévèrement réglementée dans les pays policés: une série de règlements limite ce droit selon les saisons et les espèces. La menace de disparition de certaines espèces a poussé les pouvoirs publics de divers pays à interdire la chasse de ces catégories: l'éléphant, le rhinocéros, l'outarde... Certaines croyances ayant cours dans les pays d'Asie et prêtant des vertus aphrodisiaques à la consommation de certaines parties du corps des gibiers, a favorisé le braconnage dans les pays qui n'ont pas les moyens de faire respecter la loi sur tout leur territoire ou qui ont une administration permissive qui octroie des privilèges à certaines catégories de chasseurs: c'est ainsi que le Maghreb est devenu le terrain de chasse des émirs du Golfe qui ne croient plus aux vertus aphrodisiaques du Viagra.
Cependant, il ne faut pas croire que le braconnage se pratique seulement dans le domaine de la chasse aux bêtes dites sauvages. Cette activité peu élégante est en passe de devenir un sport universel grâce aux hommes politiques ambitieux mais peu scrupuleux qui, pour arriver à leurs fins, s'en vont à la chasse aux électeurs sur des terres qui ne sont pas habituellement les leurs. Celui qui a inauguré cette pratique peu chevaleresque est sans conteste Nicolas Sarkozy: déjà, pendant la campagne de 2007, il avait fait du problème de l'insécurité son principal cheval de bataille, thème jusqu'alors favori du Front national qui liait le problème du développement à celui des minorités d'immigrés installées récemment en France. Sitôt élu, il exploite habilement le sacrifice, la mémoire d'un jeune communiste, Guy Mocquet, exécuté par les nazis. Passons sur le fait que le président élu avait habilement débauché des socialistes tièdes en leur offrant une carrière ministérielle (Kouchner, Besson), donnant l'illusion d'une ouverture à gauche: dès que l'hiver économique s'est pointé, non seulement Nicolas s'est débarrassé de certains socialistes, mais il a mis dans la même charrette des centristes qui ne savent plus à quel milieu se donner. Tout en exploitant son thème favori de l'immigration, facteur du chômage et de l'insécurité, le candidat officieux n'a pas pris des gants pour expulser des centaines de Roms, citoyens européens pourtant. Il a fait plus en faisant un pèlerinage au village natal de Jeanne d'Arc, jusque-là héroïne exclusive du Front national qui la fête tous les 1er Mai. Il a même proposé d'envoyer au Panthéon, les cendres d'un sinistre tortionnaire: Marcel Bigeard. Depuis que la campagne officieuse a débuté, ce sont ses ministres, Guéant et Longuet, qui continuent le sale boulot en ratissant large chez les harkis, les pieds-noirs nostalgiques de l'Algérie française qui ont voté tout le temps Front national. Claude Guéant a même déclaré que «toutes les civilisations ne se valent pas»: il pense peut-être que celles qui ont érigé l'esclavage et le colonialisme en système sont supérieures aux autres.
Même Marine Le Pen s'en va chasser dans les classes ouvrières. Bref, le braconnage tous azimuts finira par désorienter et dégoûter l'électeur.

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