Loisirs
Notre cité-dortoir est triste. Elle est triste même quand le soleil brille et que la température printanière est supportable. Elle est triste parce qu'elle n'offre à ses habitants ou à ses visiteurs aucune aire de détente et aucun centre d'intérêt si ce n'est un marché où les résidents se rendent par obligation, en empruntant une piste marécageuse ou poussiéreuse. Quand il pleut et quand il fait froid, elle devient un désert boueux parsemé de flaques d'eau qui sont là pour témoigner que les urbanistes et les ingénieurs qui ont conçu cet agrégat de bâtiments en béton ne sont pas allés au bout de leur tâche: il y a, plus de deux décennies après la faillite de la société qui a construit ces taudis en dur, quelque chose d'inachevé. Si les commerçants de l'informel y trouvent par beau temps leur compte en y pratiquant un négoce lucratif loin des contraintes fiscales et administratives, les vieux retraités y promènent leur ennui tout au long de l'année, excepté bien entendu les 22 de chaque mois quand la poste qui s'adosse au marché devient un pôle de fixation: le paiement des retraites est un calvaire supplémentaire qui brise la monotonie de leur triste condition. Une fois leur maigre retraite dépensée, quelques vieux se retrouvent au pied d'un grand acacia aux branches tourmentées par les courants d'air qui crucifient ce carrefour où tout le monde passe, au moins une fois par jour. C'est là qu'ils passent toute leur sainte journée à jouer aux dominos sur des planches de fortune, s'asseyant sur des parpaings, des bidons de peinture ou carcasses d'ordinateurs ramassées, prélevées sur des poubelles méprisées par des éboueurs qui semblent être entrés en hibernation. C'est un concours de parties qui ne finissent qu'à la fin du jour pour recommencer le lendemain. Ce sont toujours les mêmes personnes qui viennent: les plus acharnées arrivent les premières pour se faire une place très disputée.
Cependant, le privilège de l'âge est très respecté: le doyen a toujours sa place quelle que soit l'heure à laquelle il arrive. D'ailleurs, le personnage en question mérite un portrait sur tous les supports: sa longue silhouette agrandie par une qachabia en hiver ou une gandoura en été, son sourire édenté, ses moustaches roussies par une éternelle cigarette, des yeux malicieux et un sourire coquin attireraient immanquablement peintre, romancier ou journaliste en mal d'inspiration. Mais au-delà de sa physionomie, c'est surtout sa façon de parler qui amuse ses compagnons de jeu ou les badauds qui s'agglutinent autour des joueurs pour l'écouter débiter ses expressions colorées avec un accent des Hauts-Plateaux. Il évite soigneusement les termes grossiers mais il sait comme personne mêler un français mal maîtrisé avec des formules en arabe parlé: c'est alors un cocktail délicieux qui fait rire tout le monde. Certains se plaisent même à répéter hors contexte des expressions qui sont devenues sa marque de fabrique. Malgré son âge respectable, ce vieux retraité qui ne se plaint que de l'exiguïté de son logement, n'est pas un joueur émérite: la plupart des jeunes joueurs se moquent de lui, de ses coups de bluff aisément éventés par ses adversaires comme ses faux appels qui déroutent même son coéquipier. Il arrive souvent que de violentes disputes naissent entre adversaires: les jurons fusent de partout. Certains se lèvent brusquement en jurant de ne plus jouer avec untel ou untel... serment d'ivrognes: le lendemain, les vieux oisifs se retrouvent autour de leurs bidons à refaire la même partie et à commenter celles de la veille et à faire des commentaires désobligeants sur l'attitude de certains joueurs qui manquent de fair-play. Depuis le début du grand froid, les vieux ne se retrouvent plus au pied du vieil acacia. C'est tout juste si on les croise furtivement chez le vendeur de lait qui les connaît tous et qui leur met de côté leurs sachets de lait subventionné: produit devenu aléatoire.

- LE PRÉSIDENT FRANÇAIS EN VISITE SURPRISE EN AFGHANISTAN
Hollande, pour un retrait «ordonné et coordonné» - GUERRE DE TRANCHÉES AU SEIN DU FLN POUR LA PRÉSIDENCE DE L'APN
Deux hommes pour un fauteuil - LES DEUX PRÉSIDENTS VONT SE RENCONTRER BIENTÔT
Bouteflika et Hollande prônent un partenariat d'exception - PROJET DE RETRAIT DE LA POLICE DES STADES
Que vise le général Hamel? - AGRESSION CONTRE LE PRÉSIDENT MALIEN
Trois responsables pro-putsch entendus







Réagir à cet article