Crises
«Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres, plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Depuis que je suis petit, c'est comme ça.» Coluche
Pas besoin d'une agence de notation pour savoir si notre économie va bien. Pas besoin d'une institution internationale pour savoir si la corruption envahit de plus en plus notre pays, détruisant chaque jour le peu de solidarité qui subsiste encore entre individus gagnés de plus par le besoin irrésistible de s'enrichir. Rien n'arrête cette avidité à profiter de la moindre opportunité, heureuse ou malheureuse pour amasser d'un coup une fortune. La crise économique, les catastrophes naturelles comme les séismes, les inondations ou le grand froid mettent à nu, non seulement les insuffisances des institutions mais encore souvent leur impuissance, quand ce n'est pas leur totale absence du théâtre tragique des opérations.
C'est alors que peut s'étaler au grand jour, sous la lumière aveuglante de l'impunité, cette hydre aux mille tentacules, née de la démission des autorités et de la rapacité d'un impudique et immoral libéralisme. La corruption, c'est l'altération d'une substance par putréfaction - altération - déformation - la dépravation des moeurs, de l'esprit, moyens employés pour arriver plus vite à un but, pour circonvenir quelqu'un, le détourner de son devoir. Après cet utile détour auprès du dictionnaire, il est malheureux d'apprendre, chaque année, à la même date, que notre pays figure toujours au hit-parade des nations rongées par la gangrène de la corruption. Si parmi ces pays il en est qui sont vraiment pauvres, sans aucune richesse minière ou ressource, d'autres par contre recèlent de mirifiques richesses en matières premières.
Mais ils ont tous en commun deux choses: ils sont tous dirigés par des régimes très autoritaires, et seule une mince frange bénéficie de la manne naturelle. Ceci explique cela, un régime démocratique permet une meilleure redistribution du produit national. Un régime autoritaire se pérennise par tous les moyens pour permettre à l'équipe des rentiers qui se partagent le gâteau du pouvoir, de se sucrer le plus longtemps possible. C'est pour cette raison qu'on assiste au défilé des mêmes personnes aux postes de responsabilité. On ne remplace pas une équipe qui fait gagner de l'argent. Il y a même une création de dynasties.
Evidemment, la répression n'est pas la seule arme utilisée par les régimes autoritaires pour faire taire les protestataires: ceux qui veulent avoir leur part du gâteau comme ceux qui veulent sincèrement l'exercice d'une réelle démocratie. Le pouvoir utilise la corruption pour faire taire ceux qui font le plus de bruit: on ne parle pas la bouche pleine. La corruption consiste en cadeaux ou en services gratuits proportionnels à la stature du personnage.
D'autres formes de corruption existent. Les plus graves consistent en la signature de contrats internationaux défavorables au pays en question. L'achat d'équipements défectueux, obsolètes, de technologies dépassées, de médicaments périmés sont autant de cas de figure présentés par la corruption internationale. La surfacturation, l'attribution de marchés aux moins bien-disant sont d'autres cas assez courants. Certains préfèrent tricher sur la quantité ou sur la qualité au moment de la vente ou de l'achat.
Evidemment, la corruption interne s'observe dans des cas de figure multiples qu'il serait fastidieux d'énumérer, comme être obligé de payer un service censé être gratuit ou payer pour avoir quelque chose auquel on n'a pas droit.
La vague de froid qui vient de
s'abattre sur le pays a enlevé leurs dernières illusions à ceux qui croyaient jusqu'à maintenant aux discours triomphants des menteurs patentés: notre cher pays s'enfonce chaque jour un peu plus dans un sous-développement qui jure avec le train de vie de ceux qui régentent la rente pétrolière: la bouteille de gaz qui se vend à 2000 dinars vient de s'ajouter à la longue liste des insuffisances qui rendent chaque jour, la vie un peu plus dure au citoyen défavorisé.

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