Prévisions pour le 21 Septembre 2018

 Adrar Min 27 °C Max 38 °C
23
 Laghouat Min 16 °C Max 28 °C
34
 Batna Min 13 °C Max 23 °C
30
 Biskra Min 20 °C Max 33 °C
32
 Tamanrasset Min 20 °C Max 28 °C
30
 Tlemcen Min 16 °C Max 25 °C
32
 Alger Min 18 °C Max 26 °C
30
 Saïda Min 16 °C Max 25 °C
30
 Annaba Min 21 °C Max 27 °C
47
 Mascara Min 15 °C Max 26 °C
30
 Ouargla Min 25 °C Max 33 °C
30
 Oran Min 21 °C Max 25 °C
34
 Illizi Min 22 °C Max 35 °C
32
 Tindouf Min 23 °C Max 34 °C
34
 Khenchela Min 14 °C Max 22 °C
30
 Mila Min 17 °C Max 24 °C
39
 Ghardaïa Min 21 °C Max 30 °C
30
Accueil |Chroniques | On remet ça |

Meurtres par omission

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font

«Les statues ne font que nommer l'oubli. On n'est jamais plus mort qu'en bronze.» Alexandre Vialatte

L'Histoire commet souvent des injustices si grandes envers certains individus qui ne les ont point méritées, que toutes les plus magnifiques stèles ne sauraient réparer. Et ces injustices sont d'autant plus injurieuses quand elles viennent de la mère patrie. On peut comprendre qu'un homme politique puisse connaître ce cinglant désaveu de la part de ses contemporains parce qu'il a pu, à un moment ou à un autre, gêner de puissants intérêts ou alors qu'il était en complet déphasage avec son temps, un peu en retard ou trop en avance parce qu'il a été un visionnaire au milieu d'une multitude bornée ou portant des oeillères... Mais pour un artiste, cela demeure incompréhensible surtout s'il a toujours respecté les canons de la morale de la communauté à laquelle il appartient et qu'il n'a jamais reniée. Cette fidélité aveugle et ce profond attachement qu'il exprime avec les outils de sa sensibilité et de son art se heurtent, d'une manière incompréhensible, au violent rejet de ceux qui ne partagent pas les valeurs qui sont les siennes. Alors, l'artiste est condamné au double exil: il sera banni de son terroir et sera effacé de la mémoire de ses congénères par l'acharnement d'une censure qui tentera de lui couper toutes les racines. Heureusement que, souvent, l'artiste a du ressort et qu'il trouvera loin de la terre qui l'a vu naître, les moyens et l'inspiration nécessaire pour entretenir la lueur vacillante qui témoigne de sa constance et de sa fidélité. Le destin de tous les artistes qui ont choisi la langue de leurs ancêtres, langue qui n'a pas eu l'heur d'être classée comme langue nationale ou officielle est le même, avec diverses nuances inhérentes au parcours de chacun, semblable à celui de Slimane Azem, qui connaîtra, de son vivant, un injuste bannissement et une coupable censure qu'il n'a point mérités. Sa biographie ressemble à celle de tous les autres émigrés que les lois économiques ont poussés vers une terre plus nourricière. «Émigré en 1937, Slimane Azem connaît le destin de nombreux travailleurs algériens en métropole. Il devient ouvrier dans une aciérie de Longwy pendant deux ans avant d'être mobilisé au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Il est réformé en 1940 et rejoint la capitale puis est embauché dans le métro parisien. Il est réquisitionné pour le STO dans les camps de travail de la Rhénanie entre 1942 et 1945.
Après la Libération, il tient un café dans le XVe arrondissement où il chantera devant un public pour la première fois. Sur les encouragements d'un autre chanteur de l'émigration, Mohamed El Kamal, il compose ses propres chansons et se produit sur scène à la fin des années 1940. Il enregistre sa première chanson A Moh à Moh en 1951: véritable complainte sur l'exil et hommage au poète kabyle Si Mohand u Mhand.
Pendant la guerre d'indépendance algérienne, il poursuit son activité musicale et compose la très célèbre chanson Criquets, quittez mon pays!, qui dénonce les méfaits du colonialisme, les colons étant assimilés à des criquets dévastateurs. En 1971, il est le premier artiste algérien à recevoir un Disque d'or.»
Il n'est point besoin ici de revenir sur son immense répertoire qui constitue un important fonds de référence culturelle, ni de l'engagement politique de son frère qui est aux antipodes du sien, mais il convient d'attirer l'attention des responsables des pouvoirs publics qui sont prompts à vouloir transférer les cendres de certains grands morts, que l'urgence requiert de rapatrier les archives audiovisuelles qui pourrissent sur des étagères à Paris. Je parle des «scopitone» des chanteurs algériens qui n'avaient pas le droit de cité durant la sombre période du goulag: Arav Avouyzgarene, Salah Saâdaoui et Slimane Azem qui vient de recevoir un vibrant hommage de Moissac, son Aggouni Gueghrane de là-bas et une juste reconnaissance de la mairie de Paris qui lui a offert une magnifique place dans le XIVe arrondissement. Nul n'est prophète en son pays et Paris sera toujours Paris, la patrie de tous les artistes.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha