Prévisions pour le 20 Septembre 2018

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«La parole et l'écrit sont plus solides qu'une stèle. Un nom dans la bouche des hommes édifie dans le coeur la plus invulnérable des pyramides.» Andrée Chedid

De mémoire d'homme, le village ne semble jamais avoir connu la guerre. Il n'y avait nulle part ni ruine ni trace d'un quelconque affrontement violent. Il n'y avait même pas une stèle ou une plaque commémorative pouvant rappeler un évènement historique. A l'école, on ne nous apprenait que les grandes batailles qui se sont déroulées à une époque lointaine dans des pays lointains. Notre région semblait avoir été épargnée de cette malédiction destructrice mais productive qu'on appelait la guerre. Notre village semblait historiquement vierge. Certes, les anciens parlaient confusément de l'entrée des envahisseurs en 1871 et de l'exode de la population vers les montagnes ou ailleurs. C'était «Nifaq»! Ainsi on appelait cette guerre qui s'était soldée par une défaite cuisante et qui avait augmenté d'un cran la misère du peuple. Il y avait aussi la tombe d'un marabout, Sidi El Mekhfi, surnom qu'il gagna lors de cette guerre. Il était rentré dans la légende pour avoir accompli des prouesses lors des combats avec les envahisseurs mais il mourut, au combat certainement, puis il y avait quelques survivants de la guerre 1914-1918: celui-ci avait craché la moitié de ses poumons pour avoir respiré du gaz moutarde et il était rentré au pays avec une bronchite chronique qui le handicapa à vie. La maigre pension qui lui fut attribuée ne lui avait jamais permis de sortir la tête de l'eau. Mais il sentait qu'il avait plus de chance que ceux qui n'étaient pas revenus et dont le nom ne figure sur aucune plaque. Pourtant, de temps en temps, il recevait une invitation pour aller manger un méchoui dans le chef-lieu d'arrondissement, au milieu de ses congénères et d'Européens qui dissertaient sur les vertus de la grande guerre. C'était un 11 novembre. Le caïd trônait au milieu de ses «sujets», pourtant, lui, il n'avait pas fait la guerre alors que les jeunes de son âge étaient enrôlés de force.
Le berger de la famille du caïd fut envoyé en lieu et place de celui qui allait devenir l'interprète du pouvoir colonial. Ceux qui s'en sont sortis le mieux des guerres coloniales, ce sont ceux qui ont fait la guerre du Rif: ils s'étaient engagés et sont revenus avec une forte pension que leur conférait leur grade de sergent-chef. Celui-ci avait souffert d'une blessure à la mâchoire et l'autre avait perdu tout espoir d'avoir une descendance, mais ils pouvaient, désormais, vivre en rentiers. Par contre ceux qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale ont eu moins de chance: certains avaient disparu dans le désordre et la tourmente de la défaite éliminés par les Allemands ou par les résistants français, nul ne sait de quel côté ils avaient fait la guerre. Certains ont même connu un court instant les camps de prisonniers allemands, ils s'en étaient évadés et sont revenus au pays. Tiens, celui-là était revenu avec une paysanne polonaise qu'il avait connue au camp.
Cette Polonaise avait appris le kabyle et avait un comportement digne des plus pures filles du pays. Certains sont revenus de cette guerre avec l'esprit dérangé par tant de monstruosités commises au nom d'on ne sait quoi, tout comme ce vieillard qui avait participé à la campagne du Liban: ses nerfs souffraient toujours de l'effroi causé par les balles des résistants druzes. Les supplétifs français prenaient de la gnôle pour monter au combat. Deux uniques représentants du village avaient fait la guerre d'Indochine, l'un avait perdu un oeil et l'autre avait eu la présence d'esprit de déserter et de rejoindre le camp des vainqueurs. Mais tous les deux bénéficièrent, sans orgueil, d'une pension confortable. On parlait rarement de ceux qui étaient morts dans une guerre qui ne devait pas les concerner.

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