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Il était une fois dans le bled

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«Le passé nous fait nous souvenir des gens d'autrefois à qui nous devons ce que nous sommes, à qui nous devons tant d'estime, gens simples, peut-être, mais d'une si grande richesse humaine, bien souvent.» Edouard Bled

Le village, comme tous les villages de moyenne importance situés au pied des montagnes, avait connu tous les modes de propagande. Il faut dire que l'absence de colons sur ces terres trop pauvres et parcellisées à l'extrême y était pour quelque chose. De ce fait, la montagne était un véritable bantoustan. Seul le chef-lieu de commune, un village trop contigu qui a la tâche d'administrer une commune mixte composée d'une quinzaine de villages habités d'indigènes qui ne connaissaient de l'administration française que le passage épisodique des gendarmes à cheval, porteurs de convocation à la mairie où le percepteur attendait les contribuables une fois l'an, abritait quelques rares européens: les gendarmes, l'unique médecin de la commune, des responsables des services de mairie, deux petits colons et deux veuves qui tenaient des débits de boissons alcoolisées.
Contrairement aux villes ou aux bourgades, où les colons se sont confortablement installés, le village n'avait pas de salle de cinéma ni de salle de spectacle. Les villageois qui s'étaient aventurés un jour jusqu'à la sous-préfecture rapportaient des souvenirs palpitants des images qu'ils avaient vues sur les écrans de la ville, dans des salles surtout fréquentées par des gens d'origine européenne. Leurs récits avaient attisé la curiosité de leurs congénères à tel point que de jeunes audacieux avaient acheté à crédit, un appareil de projection d'occasion, avaient appris sommairement sa manipulation et ont commencé à organiser des séances de cinéma dans l'unique café de la rue principale du village (la seule à être goudronnée).
Ces séances se passaient en général dans la soirée et quelquefois, quand le titre du film projeté était accrocheur, des bousculades avaient lieu devant l'énorme porte à deux battants. Alors, le projectionniste promettait une deuxième séance pour le lendemain.
Ceux qui n'avaient pas la chance d'accéder au banc qui leur était proposé devant un écran de fortune, restaient dans la rue et se faisaient leur cinéma d'après la bande sonore qui traversait l'épaisse porte à deux battants. Les coups de feu, les coups sourds des bagarres, quand il s'agissait de westerns, enflammaient l'imagination et augmentaient le sentiment de frustration de ceux qui n'avaient pas le privilège d'oublier, pendant une heure et demie, l'atmosphère étouffante du village. A la fin de la projection, les gens sortaient, et le café reprenait sa fonction première: autour d'un café, les gens revivaient les aventures désopilantes des aventuriers américains dont les noms devenaient, tout d'un coup, très familiers. Les garçons mimaient les gestes des héros, adoptaient leur démarche et les adolescents emportaient dans leur chair le sourire de l'héroïne qui continuera longtemps à figurer sur l'écran noir de leurs nuits blanches.
Du moins jusqu'au prochain film qui sera peut-être égyptien. Et cela demeurait incompréhensible dans un village où rares étaient ceux qui comprenaient l'arabe, où le sermon du vendredi était prononcé en kabyle: seules les citations du Saint Livre étaient dites en arabe avec les formules rituelles. Ces citations étaient ensuite traduites approximativement avec force exemples, cela demeurait étrange que la population soit si sensible aux chansons sirupeuses de Farid El Atrache ou de Mohamed Abdelouahab. Sont-ce les costumes des paysans ou des citadins égyptiens qui sont assez proches de ceux de nos villages? Sont-ce les instruments de musique, sont-ce les formules ou les références religieuses...? Mais, à coup sûr, c'est la beauté des comédiennes égyptiennes, cantatrices ou danseuses, leurs yeux noircis par le kohl qui faisaient fantasmer le plus les adolescents.
Cet engouement pour le film égyptien va s'accentuer avec les débuts de la guerre, quand les gens apprendront que les dirigeants du Front sont hébergés au Caire, que la radio des partisans émettait de là-bas et que, surtout, peu de temps après, l'Egypte sera confrontée aux mêmes ennemis.

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