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Emigration

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«Immigrant. Individu mal informé qui pense qu'un pays est meilleur qu'un autre.» Ambrose Bierce

Il est important que j'ouvre ici une parenthèse pour dire que la chose qui allait changer les mentalités dans ce petit village, ce n'était nullement les deux missions, catholique et protestante qui étaient placées à ses deux extrémités, ni la superbe école, beau bâtiment dont la blancheur était rehaussée dans l'écrin vert où il était serti, mais l'émigration. L'émigration en métropole, bien entendu, comme on disait à l'époque. Quand un jeune partait vers le pays du froid et les murs gris des noires cités du Nord, c'était toujours avec des sentiments mêlés d'espoir et d'appréhension que sa famille le voyait s'en aller. L'espoir prenait racine dans la satisfaction de voir l'adolescent se muer en homme juste après la classe du certificat d'études. Certes, beaucoup n'arrivaient pas à avoir le certificat d'études et seuls les fils des familles aisées pouvaient espérer suivre l'enseignement dans le cycle du secondaire, mais la plupart savaient déchiffrer les gros caractères sur la première page du journal qui n'arrivait d'ailleurs que par le car de midi et que seuls quelques vieillards lettrés achetaient. Et la famille comptait beaucoup sur son jeune rejeton pour redresser la situation financière et remettre le groupe à la place sociale qu'il occupait jadis. D'abord, c'était une satisfaction de voir le jeune homme devenir adulte par le seul fait de s'embarquer, le voyage devenant un parcours initiatique qui lui conférait une lourde responsabilité.
En général, le fils tenait ses promesses: à peine arrivé là-bas, il était pris en charge par un membre de la famille qui allait le présenter au patron de l'entreprise ou au contremaître qui l'engageait sur, simplement comme critère, le comportement de son parrain.
Et le jeune allait connaître les dures réalités de la vie ouvrière dans une entreprise lainière du Nord, dans les mines ou les fonderies de l'Est.
Plus tard, aguerri, ce sera lui le parrain des candidats à l'exil forcé. Et le va-et-vient s'instaure entre le bled et le pays du froid. Certains s'en sortiront bien, ramasseront un pécule, construiront une maison en dur, se marieront et seront montrés en exemple à la génération montante.
D'autres, par contre, dévieront de la voie droite que leur avaient tracée leurs parents: ils enverront peu d'argent, leurs visites deviendront de plus en plus rares et de plus en plus espacées. Ils seront avares en lettres: ces lettres que tout le monde attend avec impatience, chaque après-midi.
Groupés autour de l'agent postal (qui ne distribuait pas le courrier à domicile, sauf pour quelques privilégiés et pour les instituteurs), ils attendaient que leur nom soit déclamé par le préposé au courrier.
Une lettre faisait plaisir, un mandat comblait la famille. Il y a des émigrés qui ne reviennent plus: seule quelque rumeur courait à leur propos: ils se sont mariés là-bas, ont des enfants et vivent comme des Européens.
D'autres, par contre, sont devenus des alcooliques invétérés et menaient une vie de marginaux.Arrivés à la retraite, ils débarquaient et trouvaient une famille qui leur tournait le dos.
D'autres ne revenaient pas du tout: d'emblée, ils avaient pris un aller simple et avaient décidé de changer d'horizon. La nostalgie ne les habitait pas.
L'un était devenu chanteur occasionnel et vivait au jour le jour. Une femme et un enfant l'attendaient en vain, seuls les passages de ses succès à la radio attestaient de son existence. Il y avait des cas, et ils sont rares heureusement, où, après quarante années d'une vie obscure, l'émigré revenait, quarante années après son départ, comme l'éléphant, mourir au pays.
Le car l'avait jeté sur la place publique: une petite valise miteuse à la main, il essayait de reconnaître un visage qui, jadis fut familier. Qui dira l'angoisse du naufragé abandonné qui finira ses jours seul, avec pour seuls compagnons, des souvenirs dont il était le seul dépositaire: quelle vie avait-il menée là-bas. Pourquoi est-il revenu?

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