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«Les poètes sont les voix de ceux qui n'ont pas de voix.» Alphonse de Lamartine

Aseffrou veut dire en berbère, la formule par laquelle le sage résout un problème, donne un avis en faisant appel à sa culture ancestrale. Pour que la maxime reste bien ancrée dans la mémoire des simples gens. C'est ainsi que le «ouali» est souvent poète et que le poète est perçu comme un «ouali».
L'esprit d'un enfant se construit dès le berceau. Vous vous souvenez peut-être de ces berceaux de liège suspendus aux solives de nos modestes masures et qui se balancent au rythme des chansons tristes ou gaies, c'est selon la saison, de vieilles grands-mères débordantes d'affection. Et quand la chanson meurt sur les vieilles lèvres, la poésie prend le relais lors des veillées au coin du feu...
C'est souvent ainsi que naît le goût de la poésie chez l'enfant qui n'a pas encore mis les pieds à l'école, pour peu que son esprit soit disposé aux constructions subtiles de la rime et de la musique. Ce goût m'est venu du penchant de ma mère pour tous ces vers qui ont enchanté sa jeunesse ou qui l'ont consolée dans sa méditation. L'oralité souvent perçue comme un handicap, pousse les gens à acquérir une mémoire phénoménale pour compenser l'absence de support matériel. En écoutant les souvenirs d'une époque révolue, contés par des gens très âgés qui avaient gardé une grande lucidité malgré les épreuves du temps, on peut se rendre compte que les époques très troublées avaient donné naissance à de grands poètes. Ainsi, comme je l'avais fait remarquer à un ami qui était intéressé par la vie vagabonde de Si Mohand, on pouvait aisément rapprocher les inspirations des deux poètes. Rimbaud et Si Mohand par la catastrophe humanitaire qui avait frappé leurs pays respectifs à quelques années d'écart: l'occupation des Ath-Irathen par l'armée française et la défaite de Sedan en 1870. Ces deux évènements avaient jeté sur les routes des bataillons de gens ruinés, blessés. Des populations dans la plus grande détresse essayaient de chercher leur salut ailleurs. Les poètes cherchaient leur consolation dans ces illuminations qui allaient répandre leur verbe dans l'imagination populaire. C'est ainsi que je m'explique l'éclosion de deux vocations de poètes dans mon village natal qui n'a pas souffert plus que les autres de la guerre d'occupation. Mais, à travers les récits de mes grands-parents, je me suis rendu compte, combien était grande la misère de l'écrasante majorité du peuple. Même sans la guerre, le quotidien du montagnard était très dur à vivre. J'avais fait remarquer à la romancière avec laquelle j'ai travaillé et qui s'extasiait devant les réalisations architecturales et artistiques de la civilisation arabo-islamique, que pour le paysan kabyle, la situation n'avait guère changé et que son alimentation, comme sa manière de vivre ressemblaient étrangement à celles du temps des Romains: des repas très frugaux et une vie rythmée par les saisons. Mais au lendemain de l'insurrection de 1871, la misère avait déferlé sur la région à cause de la désorganisation économique provoquée par la guerre. Il paraîtrait que Thadarth n'avait pas participé activement à l'effort de guerre menée par les caïds et les chefs des confréries: on avait surnommé cette guerre «nifaq» (hypocrisie), parce qu'elle était menée par des gens très aisés qui ont vécu jusque-là, en bonne intelligence, avec l'occupant. Ce sont surtout les arguments développés par un grand ouali de la région dont l'étoile était montante, qui ont persuadé la population à se tenir dans une prudente réserve. Il avait su, en homme pragmatique, par ses avis souvent lancés sur des vers improvisés ou portés par des paraboles savantes, tempérer l'ardeur patriotique de ses ouailles: il disait simplement que le temps n'était pas venu pour se lancer dans une guerre contre les Roumis. L'histoire donnera raison à celui qu'on cite maintenant, comme un exemple de sagesse et de probité. Tous les «oualis» dont les mausolées jalonnent le chemin des petits pèlerinages locaux n'auront pas la même aura, même si chacun d'eux est reconnu pour guérir d'une affection spéciale.

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