Prévisions pour le 25 Septembre 2018

 Adrar Min 25 °C Max 35 °C
34
 Laghouat Min 18 °C Max 31 °C
34
 Batna Min 13 °C Max 25 °C
30
 Biskra Min 19 °C Max 32 °C
34
 Tamanrasset Min 21 °C Max 31 °C
23
 Tlemcen Min 16 °C Max 28 °C
32
 Alger Min 21 °C Max 26 °C
34
 Saïda Min 17 °C Max 29 °C
32
 Annaba Min 21 °C Max 27 °C
34
 Mascara Min 15 °C Max 30 °C
32
 Ouargla Min 21 °C Max 33 °C
32
 Oran Min 22 °C Max 26 °C
34
 Illizi Min 25 °C Max 35 °C
30
 Tindouf Min 22 °C Max 33 °C
32
 Khenchela Min 13 °C Max 23 °C
30
 Mila Min 17 °C Max 25 °C
30
 Ghardaïa Min 20 °C Max 31 °C
32
Accueil |Chroniques | On remet ça |

L'agora

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font

«Je suis sûr que le mot "mafia"' doit venir du mot famille...» Kurzas

Ce n'est qu'arrivé à un âge avancé que j'ai compris que le mot djemâa était issu de l'arabe. Ce mot, qui désignait chez nous aussi bien le jour de la semaine que le village lui-même ou la modeste assemblée composée de citoyens soucieux de préserver la paix civile, ne fut adopté que récemment. Le mot originel était «Agraw», qui devait une parenté certaine avec le mot grec «agora». C'est parce qu'il ne reste à un peuple que l'oralité comme moyen de transmission d'un legs culturel, quand les autres vecteurs sont confisqués par la pensée dominante qui exerce un monopole impitoyable sur la production et la diffusion d'expressions culturelles destinées à la consommation de masse, que le génie populaire crée automatiquement des lieux de refuge où sa culture ancestrale trouve un asile sûr où elle survit quasi clandestinement, comme les premiers chrétiens persécutés par Rome avaient leurs catacombes pour y faire leur prière et tisser des liens de leur solidarité.
A la charnière des deux siècles passés, ce qu'en Europe on appelait cyniquement la Belle époque, alors que la Métropole célébrait sa toute puissance par l'Exposition universelle où étaient exhibées les richesses provenant du pillage des colonies récemment soumises, et les nouvelles inventions de l'ère industrielle, le pays subissait une misère sans nom où le dénuement, les maladies se conjuguaient à l'obscurantisme moyenâgeux.
C'est dans des lieux spécifiques échappant au contrôle de l'administration, que va se perpétuer le message de la tradition: ce sont en premier lieu les femmes, et naturellement les vieilles, qui ont accumulé expériences et sagesse qui vont dévider ce lien invisible qui reliera les générations. Les contes et légendes, les chants, les rituels liés à la survivance de pratiques païennes tenaces, les proverbes, des formules et des expressions en marge du langage courant, les histoires de familles, vont constituer un riche et fécond terreau qui suscitera automatiquement une involontaire introspection de l'individu pour peu que son esprit s'y attache un tout petit peu.
La djemaâ est la deuxième aire d'expression populaire: réduite à la présence unique des mâles, elle était le théâtre où se jouait le destin de la petite communauté, où s'affrontaient les ambitions personnelles et claniques pour la domination d'un espace de plus en plus exigu avec des joutes orales et des exhibitions de force ou d'adresse et où vont aussi se transmettre les vertus des défenseurs du groupe, comme le courage et la fierté. Les sujets discutés à la djemâa étaient aussi variés que les thèmes qui préoccupaient les chefs de famille: en premier lieu, c'était la situation économique générale du village. L'état d'avancement des travaux des champs, le niveau des récoltes, les conditions climatiques, les conflits générés par l'utilisation des lieux publics, les différends liés au bornage des propriétés et les nouvelles concernant des personnes présentes, absentes ou disparues, les transactions immobilières qui échappaient à la famille, alimentaient les conversations quotidiennes et routinières des vieux.
La politique n'était qu'un élément marginal car ceux qui étaient intéressés par sa pratique ne se rendaient à la djemâa qu'au moment opportun: à un moment de crise ou à la veille de la désignation dun membre de la communauté pour une fonction ou une mission quelconque. Le caïd ne fréquentait la djemâa que pour aider à régler un problème qui requiert l'attention, la compréhension et l'assentiment de tous. C'était à la djemaâ que se réglaient les problèmes qui ne concernaient pas l'administration. C'était la première instance pour aplanir les différends car les sages évitaient autant que possible de solliciter les tribunaux, car les procès étaient fort onéreux et pouvaient durer très longtemps. Il fallait vraiment que le problème soit lié à la sécurité des personnes pour qu'on alertât la gendarmerie ou qu'on sollicitât la justice officielle.
Quand la djemâa ne satisfaisait pas l'un ou les deux plaignants, ceux-ci avaient souvent recours à la médiation d'un wali de la région, reconnu pour son infaillibilité et son impartialité. Ou alors, en dernier recours, les chefs de famille des deux parties, accompagnés de leurs témoins respectifs, se rendaient à un marabout du âarch voisin pour prêter serment et jurer sur leur bonne foi. Ce marabout était fort réputé pour son extrême rigueur et l'on donnait plusieurs exemples de personnes coupables de faux témoignages, d'avoir été victimes d'une justice immanente au sortir du sanctuaire.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha