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LA FORCE DE L'HABITUDE

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«L'habitude est une grande sourdine.» Samuel Beckett

Un matin d'été, alors que j'effectuai le trajet Jijel-Vgayet, je me suis arrêté pour prendre un café dans la petite bourgade de Melbou. Pendant que je sirotais mon petit noir en tirant voluptueusement sur ma pipe, je ne me lassais pas d'admirer la superbe montagne qui dominait la ville. Plus je regardais et plus j'étais envoûté par le spectacle grandiose de la verdure clairsemée qui donnait plus de relief au tableau.
La montagne qui dominait mon village natal me parut alors terne dans mon souvenir auprès du tableau qui s'offrait à mes yeux en cet instant. Au bout d'un moment, je me suis dit: «Peut-être que ce spectacle qui paraît enchanteur au visiteur de passage doit sembler terne à celui qui le regarde 365 jours par an.» Alors je souris: l'habitude finit par user les sens et nous fait passer à côté de beaucoup de choses.
Qu'est-ce qu'on peut être bête quand on est jeune! On reçoit des quantités d'informations qu'on jette par-dessus l'épaule et qu'on oublie aussitôt. Heureusement que l'inconscient, qui ne chôme jamais, enregistre les paroles et les images reçues en avalanche, pour les caser quelque part dans les étagères de la mémoire. Et quelquefois, il les restitue au moment où l'on s'attend le moins avec un tant soit peu de fidélité et quelquefois, dans un certain désordre.
Le fait est que l'explication doit être simple: les informations reçues par un esprit jeune et vierge dans un décor qui paraît d'une banalité ennuyante, peuvent paraître dérisoires pour celui qui rêve d'autres horizons, qui s'impatiente de grandir pour franchir l'infranchissable barrière montagneuse qui cache la mer. Oui! victime des lectures et du visionnage de films qui parlent d'un ailleurs plus riche et plus agréable, l'enfant se désintéresse de son décor coutumier. Ce n'est que plus tard, quand les cheveux auront blanchi durant un exil plus ou moins heureux, l'homme vieillissant se remet en mémoire l'environnement familier d'une jeunesse qu'il se met à teinter de bonheur. Il met alors des couleurs sur toutes les choses qui lui ont paru grises jadis. C'est ainsi que le frêne auquel je n'avais jamais prêté attention auparavant prend tout à coup une grande importance: à deux pas de cet arbre aux dimensions bibliques où est plantée une pierre taillée qui a la forme d'un parallélépipède.
Ce devait être certainement une pierre utilisée par les Romains pour la construction d'une bâtisse. Plantée là, elle n'avait jamais suscité un intérêt quelconque de la part des villageois qui venaient s'allonger sous le frêne pendant les canicules de l'été. Il a fallu le passage d'un conférencier français pendant la longue et pesante campagne «La paix des braves» des années 1959-1960, quand l'armée d'occupation vidait les petits villages avoisinants, afin de remplir les centres de regroupement pour qu'on apprenne que cette pierre était le témoin principal d'une décision très grave prise par les représentants des tribus kabyles. Désormais, les femmes n'avaient plus droit à l'héritage. C'était une conséquence des guerres menées contre les Espagnols, les prisonniers relâchés après des années de captivité avaient retrouvé leurs épouses remariées et leurs biens occupés par d'autres compatriotes. C'était un drame, voire une tragédie pour la communauté: une situation difficile à supporter. Cela m'a fait penser à cette chanson française qui a dû être créée lors des guerres napoléoniennes: «Brave marin, revient de guerre, tout doux...», mais toutes ces informations s'étaient alors diluées dans la propagande gaulliste, entre des projections de diapositives et un ratissage monstre. Regarder un paysage familier avec de nouvelles informations, c'est le regarder avec des yeux neufs.

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